Quelques réactions au commentaire de Dunja...

...en commençant par le Royaume-Uni.

Je n'ai pas parlé de ce pays dans mon dernier billet, mais il est vrai que l'idée m'avait traversé l'esprit (pour en ressortir aussitôt). Ce n'est sans doute pas un hasard si l'Angleterre a décidé de ne prendre sa décision qu'une fois que tous les autres Etats de l'Union Européenne auront statué sur ce projet de constitution. Oui, l'Angleterre est libérale (et encore, il paraît que c'est la gauche qui les gouverne actuellement, on n'est pas dans la merde !!!) et oui, l'Angleterre est légèrement en retrait du reste de l'Union. Ce sera bien sûr plus facile pour elle de dire non à la constitution si un autre pays l'a fait avant elle (surtout si ce non vient d'un pays comme la France, un des piliers de l'Union).

Mais en dehors de lui faciliter la tâche, quelles conséquences auraient un non français en Angleterre ? Je ne suis pas assez calée pour répondre à cette question...

En fait, c'est là que se situe mon problème majeur : je suis prête à faire acte de citoyenneté, prête à lire le texte de la constitution dans son intégralité, prête à mener une investigation du type "à qui profite le crime ?", mais j'ai bien peur de ne pas y comprendre grand chose. Et j'ai encore plus peur que personne, dans mes relations, n'en soit capable. Car ce texte est extrêmement touffu, et il demande des connaissances pointues en économie, aussi bien pratique que théorique – il faut être à la pointe de l'actualité pour savoir tout ce qui est implicitement contenu dans ce texte.

À cela s'ajoute le fait que je n'ai pas lu le Traité de Nice, et que je ne pourrai donc pas comparer les deux textes. Et je suppose que même si je prends le temps de lire ce fameux Traité de Nice, il me manquera la lecture d'un autre traité, pour lequel il me manquera... etcétéra, etcétéra (ça me rappelle une chanson de Pierre Chêne...). Bref, réactions en chaînes et vis sans fin.

Cela dit, c'est bien ce que je cherchais à exprimer hier soir, il y a clairement des implications qui nous sont inconnues. Et c'est pour cela que je souhaiterais avoir le plus d'informations possibles sur le sujet.

À qui profite le crime ? Je suppose que lorsque nous le saurons, nous pourrons voter en toute connaissance de cause... Mais le saurons-nous un jour ? (Je suis encore plus parano que toi, Dunja...).

J'en reviens à la fin de ce commentaire (trop riche pour être commenté dans son intégralité de façon satisfaisante). Je cite : " Quelles seraient les conséquences de ce OUI ou de ce NON pour les différents acteurs concernés (ie tous) " ?

Cette question est importante, c'est sûr. Mais ne doit-on pas y accorder un intérêt purement théorique ?

Je m'explique (en n'ayant pas trop peur de passer pour une grosse vilaine...). Je suis pro-européenne. Je suis pour une réelle fraternité entre les peuples. Je voudrais sincèrement qu'il n'y ait plus de misère dans le monde. Je veux le meilleur pour chacun. Et je ne suis pas une nationaliste effrénée. D'accord.

Mais si on me demande de choisir entre me battre pour mon pays ou me battre pour d'autres pays, je ne sais vraiment pas quel est mon devoir et quelle est mon inclination.

On ne peut pas nier un sentiment national. Après tout, si quelqu'un entre en guerre contre la France, j'essayerai de protéger mon pays.

Je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement parler de guerre ici. Mais il y a tout de même un choix à faire... Je suis prête à faire des concessions pour l'Europe, à voir les subventions européennes aller majoritairement aux nouveaux pays qui sont plus pauvres que nous. Jusque là, ça va.

Mais j'ai l'impression qu'on me demande d'accepter (je caricature) d'avoir moins de protection sociale pour que d'autres n'en aient même pas plus - enfin, si, mais si peu.... Et là, je ne suis pas sûre d'accepter. Non pas que je m'estime à plaindre, et si cela ne concernait que moi, la réponse serait autre. Mais il y a en France, chaque année, des personnes qui meurent de froid parce qu'elles n'ont pas de logement, des personnes qui ne vivraient pas sans l'aide alimentaire qu'on leur apporte, des personnes qui n'ont aucune protection sociale. Et, évidemment, ce sont ces personnes fragilisées socialement, qui risquent de pâtir en premier d'une Europe moins sociale.

Alors, oui à l'Europe, oui aux concessions, oui au partage équitable, mais non au sacrifice...

Ce qu'on doit apporter aux pays les plus pauvres qui sont entrés dans l'Union, c'est le meilleur de nous-mêmes. Ce n'est pas à nous de prendre chez eux ce qui nous abaisserait.

Je le sais, je ne suis pas très claire. Et ce discours semblera extrémiste à beaucoup (et je reconnais à mon grand dam qu'on peut même y retrouver des arguments de l'extrême-droite), mais c'est vrai que, quelque part, comme énormément de Français, et sans doute d'Européens de tous pays, je suis prête pour une Europe des Etats mais pas pour un Etat européen...

Et oui, je l'admets, il y a dans mes propos une bonne dose d'égoïsme national.

Mais je voudrais qu'on n'oublie pas que je suis en recherche, en plein questionnement, et que je n'ai pour l'instant pas de position précise et claire sur cette constitution ni sur le choix qu'il convient de faire. Je couche ici sur papier virtuel mes pensées et mes réflexions, un peu en vrac, et sans trop savoir où je vais.

Je tiens quand même à remercier Jacqueline qui m'a fait longuement réfléchir... Elle m'a rappelé samedi dernier que nous faisons partie d'une minorité réellement favorisée de la population mondiale (n'avez-vous jamais reçu ce mail qui vous explique que si vous avez une maison, de quoi manger et un ordinateur, vous faites partie des 0.01% les plus riches de la planète ?). Pensons à tous ceux qui n'ont pas d'eau potable, pas de toit, pas de liberté de s'exprimer, pas de paix, pas de rien, quoi... Alors jusqu'où sommes-nous prêts à nous accrocher pour préserver notre bien-être alors que quelques concessions ne nous feraient même pas perdre cette chance d'appartenir à un peuple libre et riche (malgré notre quart-monde) ?

Sans compter que tout mon discours de ce soir se base sur l'idée que la constitution est un "moins" social - chose que je n'ai pas encore vérifiée en allant dans le texte lui-même plutôt que dans les commentaires qu'on en fait. Or Dunja a raison, ceux qui prônent le non à droite le font car ils estiment que ce traité est un "plus" social... Je crois qu'on ne s'en sortira jamais...

Sur ces bonnes paroles un peu obscures (pour moi aussi, je l'avoue humblement), je m'en vais clore ce billet.

Vous pouvez aller sur le site linux que nous recommande l'ami Moala, c'est effectivement très très complet (mais ces gens sont-ils plus aptes que nous sur ce sujet délicat ?). J'ai commencé à lire, il m'en reste énormément, et j'en commenterai prochainement quelques passages qui m'ont fait réagir...

Bonne nuit à tous ;o)