Le point de vue de Jacques Delors
Par Marie Becker,
mercredi 27 avril 2005 à 01:28 :: Union Européenne
:: #13
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Thèmes : international, politique, TCE
Résumé de l'intervention de Jacques Delors du 9 avril 2005 : "La Constitution, un pas en avant pour l'Union européenne".
Une rencontre organisée par le Mouvement Européen-France.
Une fois de plus, je ne fais que résumer une intervention sans donner mon point de vue sur la question...
De toute façon, le titre parle de lui-même : c'est un appel à voter OUI.
Dans son intervention, Jacques Delors veut répondre aux craintes que les Français éprouvent face à la construction de l'Europe. Il donne des réponses aux interrogations et aux craintes que beaucoup expriment actuellement face à l'approche du 29 mai.
1. La peur de l'élargissement
J. Delors rappelle que chaque fois que l'Europe s'est élargie, les Français ont eu peur que cela se passe mal et que la France en pâtisse.
Ainsi, l'entrée de la Grande-Bretagne au début des années 1970 ne s'est soldée par aucun schisme entre Europe du Nord et Europe continentale.
On a pu mettre en place une "différenciation" entre les pays : certains liens privilégiés se sont mis en place sans pour autant exclure les autres Etats de l'Union.
Cette différenciation pourra se poursuivre grâce aux "coopérations renforcées" que propose la Traité Constitutionnel.
Dans les années 1980, c'est l'entrée de l'Espagne, de la Grèce et du Portugal qui a semblé problématique aux Français : ils avaient peur que ces pays, plus pauvres, empêchent le bon développement de la France, notamment dans le domaine agricole.
Contrairement à ce qu'on pouvait craindre, l'intégration de ces trois pays a pourtant permis à la France d'exporter davantage.
Ces pays sont même devenus des partenaires privilégiés de la France, et leur point de vue (dans le domaine social par exemple) est proche du nôtre.
Nous avons maintenant peur des pays d'Europe orientale qui ont rejoint l'Union. Leur niveau de vie est effectivement beaucoup plus bas que le nôtre.
Mais ne faut-il pas voir leur entrée comme un triomphe de la liberté et de la démocratie ? C'est un honneur pour l'Union d'avoir aidé ces pays à se transformer. Souvenons-nous de ce qu'ils étaient avant 1989 et réjouissons-nous de leur avancée dans le respect des valeurs fondatrices de l'Europe.
Par ailleurs, l'entrée de nouveaux pays au sein de l'Union, même si elle a été un peu trop rapide au goût de J. Delors, permettra à l'Union de devenir une encore plus grande puissance au niveau international.
Bien sûr, il faudra un temps d'adaptation, mais cette "réunification" de l'Europe est une victoire historique.
2. La peur du Traité Constitutionnel
J. Delors pense que ce traité est un grand pas en avant pour l'Union. Il regrette néanmoins deux choses :
- Que l'équilibre entre monétaire et économique ne soit pas respecté, ce qui fait que l'euro nous rassure mais ne nous dynamise pas. (Mais tout espoir n'est pas perdu).
- Que la partie III (les politiques de l'Union) soit dans le Traité Constitutionnel et qu'on ne nous donne pas la possibilité de la changer à la majorité surqualifiée plutôt qu'à l'unanimité.
Mais ces textes ne sont, en réalité, qu'un règlement de copropriété qui n'est pas plus libéral que socialiste. Chaque majorité lui donne un contenu. C'est la loi de la démocratie.
En ce qui concerne la dimension sociale, il faut se rappeler qu'il y a, dans l'Union, un principe de subsidiarité : ce qui peut être réglé au niveau national le sera, sans remonter aux institutions européennes. Et rien, dans le Traité Constitutionnel, n'empêche un pays de mener sa propre politique sociale.
Au premier plan de la compétence nationale, on a : l'emploi, la politique macroéconomique, la santé, l'éducation, la sécurité sociale et la culture.
L'Union ne cherche pas à imposer une uniformisation des Etats mais bien les règles d'un vivre-ensemble.
Au fur et à mesure que l'Europe se développera, les minima sociaux augmenteront. En attendant, il faut créer une véritable solidarité avec les régions les moins développées de l'Union.
Le social, c'est aussi le développement économique et social permis à tous, grâce à la solidarité européenne.
Rappel : 46 % du territoire français ont été couverts par les politiques structurelles de l'Europe.
Enfin, le dialogue social se développe au sein de l'Union. Il existe des accords européens par branches d'activité, des comités d'entreprise européens...
Le Traité Constitutionnel permet d'aller plus loin dans le domaine social, mais il ne faut pas tout attendre de l'Europe : il existe des domaines dans lesquels c'est à la France elle-même d'agir, et l'Union ne le fera pas pour elle.
Cette Constitution, c'est une communauté de droits, avec des avancées en termes de sécurité et d'organisation des pouvoirs qui sera bien meilleure que l'actuelle.
Cette communauté de droits à faire vivre et à faire avancer s'exprime dans le Préambule et la Charte des droits fondamentaux : compréhension de l'autre, solidarité mais aussi droit de pétition qui permettra de proposer de nouvelles lois sociales, une démocratie plus accessible à tous.
Pour ce qui est de la sécurité, le traité permet la coopération judicière et policière des Etats membres pour lutter contre toutes les formes de criminalité.
Enfin, la démocratie sera plus transparente, plus démocratique et plus efficace.
3. La peur pour la place de la France
La construction européenne a toujours été une ambition française. Et c'est cette même Europe qui a permis à la France de se moderniser : abandon du protectionnisme, hausse du niveau de vie, agriculture dynamique (première productrice et exportatrice)...
L'Europe va maintenant nous permettre de nous adapter aux mutations économiques et démographiques du monde en décuplant les efforts nationaux de la France. Mais pour cela, il ne faut pas croire qu'un NON va changer la donne :
C'est en se battant tous les jours qu'on améliore la situation des Français et que nous confortons l'influence de la France.
L'Europe est une "puissance en mouvement" : première puissance commerciale du monde, entendue à l'OMC, première donneuse d'aide au développement, première aussi pour l'aide humanitaire, dynamisant la politique de l'environnement.
Avec ce Traité, nous lui donnerons davantage les moyens d'exercer une réelle influence et de défendre notre conception du monde et de la société, en un mot, nos valeurs communes.
Nous devons être dignes de ceux qui, dans les années 1930, ont commencé à créer un mouvement fédéraliste pour lutter contre toutes les formes exacerbées de nationalisme (fascisme, nazisme...) et ont donné leur vie pour cet idéal.
Ils nous ont légué un devoir : l'Union pour la paix, l'Union pour la renaissance de l'Europe, le fait que l'Europe ne soit pas marginalisée par l'histoire, mais demeure une vraie puissance capable de se faire respecter.
Bon, ben, finalement, je commente
J'ai supprimé la fin, là où il dit d'aller voter OUI, mais je pense que tout le monde avait compris le sens du message.
En tout cas, je trouve la fin de son discours très touchante. Et je crois qu'il a raison, qu'il faut garder en mémoire l'histoire de cette construction européenne, avoir une vision large de ce problème plutôt que de se cantonner au débat franco-français.
Bref, je trouve très convainquants les arguments que J. Delors a développés dans sa conférence. J'attends vos réactions...
Commentaires
1. Le mercredi 11 mai 2005 à 03:14, par Moala
2. Le mercredi 11 mai 2005 à 20:26, par marie
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