Voilà, demain nous votons...
Je sais que ça fait un peu tard et que j'aurais pu m'y prendre avant, afin que vous puissiez vous délecter de ma prose avant le terme du contrat, mais j'ai vraiment été débordée par trop de choses. Mais bon, il n'est jamais trop tard pour bien faire, alors j'essaye de vous finir ça avant d'aller dormir...
En revanche, ne vous attendez pas à des choses trop longues ni trop détaillées, je n'ai plus le temps de me plonger à fond dans les détails... Et puis il est déjà trop tard pour vous laisser le temps de digérer tout ça. Pardon :o(

1. Raoul Jennar

Quelques commentaires à partir d'un article que vous pouvez trouver à l'adresse suivante : http://altermonde.levillage.org/article.php3?id_article=2812#forum4655
Il s'agit de 5 raisons de voter non demain...

La première raison n'est pas bien nouvelle : le TCE est beaucoup trop compliqué pour qu'on le comprenne, et il est donc hors de question de l'approuver alors qu'on ne sait pas exactement ce qu'il signifie. C'est vrai que ça me semble un bon argument... Mais bon, vu qu'on nous demande notre avis, je crois qu'il est aussi important d'essayer de comprendre le texte et de ne pas se cacher derrière la complexité du traité.

Deuxième raison : le TCE refuse l'harmonisation entre les législations nationales. C'est donc le marché, et non la loi, qui harmonisera les législations au sein de l'Europe. Là aussi, je suis touchée par l'argument. C'est vrai que ce serait mieux de vouloir fixer des normes valables pour tous. Mais je pense qu'il faut aussi laisser aux citoyens européens le temps de grandir. On peut difficilement imposer notre niveau de législation sociale à des pays plus pauvres. Comment la Pologne pourrait-elle avoir un SMIC au même niveau que le nôtre ? Et puis l'argument que j'avais trouvé dans le Monde au sujet de notre attractivité qui doit être contrebalancée par une autre attractivité, fiscale celle-là, me paraît toujours valable (Cf. Pour ou contre, point 19 sur la fiscalité). Laissons le temps au temps... Une progression est toujours envisageable. Et je trouve qu'il vaut mieux un traité imparfait qu'un statu-quo.

Troisième raison : le TCE est un "catéchisme néolibéral" laissant aux Etats la seule compétence de la sécurité. Tout est soumis aux lois du marché... On en a déjà parlé plus que de nécessaire. C'est toujours un point sur lequel je bloque... C'est vrai que j'aimerais une société plus sociale. Mais j'ai la faiblesse de croire, d'une part, que le TCE n'empire rien de ce qui est déjà en marche et, d'autre part, qu'il introduit peut-être un certain nombre de garde-fous contre le libéralisme à l'américaine.

Quatrième raison - qui est une nouveauté (du moins dans les termes) par rapport à tout ce que j'avais lu (en dehors des remarques de De Villiers and co) : le TCE renie les valeurs européennes. Pour exemples : reconnaissance et subventionnement des cultes (désolée, mais j'en reviens à mon concordat alsacien, et puis la laïcité est une valeur très française et l'Allemagne, pour ne citer qu'elle, fait payer un impôt religieux, alors arrêtons de nous prendre pour le centre de l'Europe...), rejet de la démocratie (pas d'accord, c'est très présent), droits collectifs et sociaux (là, je reconnais qu'il y a un gros trou dans le TCE), pas de droit à l'éducation, à la santé, à la culture, aux prestations (moi, ce sont des choses que j'ai vues dans la Charte), au service public...

Cinquième et dernière raison : l'intangibilité de la Constitution. Là encore, c'est un point que j'ai déjà souvent abordé. C'est sûr, le texte est peu révisable. Mais déjà, il l'est plus que le Traité de Nice, puisqu'il introduit des majorités qualifiées. Et puis s'il était trop facilement changeable, n'aurait-on pas un risque qu'il devienne encore plus libéral ? Il n'y a qu'à regarder de quel bord sont les autres pays de l'Union. Moi, je trouve qu'il vaut mieux mettre des freins aux transformations, histoire que tout ne change pas comme les lois sont transformées en France à chaque alternance. Enfin, je crois que cela vaut mieux. Je ne suis pas sûre. Le changement comme le maintien ont leurs avantages et leurs inconvénients.
Et arrêtons de dire que le NON sera une preuve qu'on veut plus de social. C'est faux : ce sera une preuve que certains d'entre nous veulent plus de social. Mais aussi que d'autres veulent moins d'Europe. Donc il sera difficile de faire la part des choses et de savoir lequel des deux camps du non aura le dernier mot...

2. Thibaud Delahosseraye

En réponse au commentaire de mg (lien vers le commentaire), au sujet d'un article prônant lui aussi le non. Avec un bon nombre de raisons inédites : http://www.ineditspourlenon.com/.

Là, je ne vais pas en dire autant que sur le point précédent, parce que je n'ai pas vraiment été convaincue par l'argumentaire proposé...
D'une part parce que beaucoup de choses ne m'ont pas semblé si inédites que ça, et d'autre part parce qu'un bon nombre d'arguments m'ont révoltée.

De toute façon, ça commence déjà mal de mon point de vue, parce qu'un copain de Raffarin qui présente son parti comme un parti social, ça me fait doucement rigoler. Je suis désolée, et je respecte les opinions politiques de chacun (excepté en ce qui concerne l'extrême-droite, je suppose), mais il faut arrêter de se mentir sur ce que sont nos opinions politiques.
Raffarin, faire du social ? Arf ! Il n'y a qu'à voir tous ceux qu'il a réussi à faire descendre dans la rue ! Enfin, sans rire, il y a chaque jour des suppressions d'emploi dans le secteur public, une baisse de toutes les prestations sociales (chômage, maladie...). En revanche, les médecins (qui sont si pauvres) ont vu leurs honoraires grimper en flèche. Les parlementaires, n'en parlons même pas... Et pour qui est-ce que les impôts baissent ? Pour les riches... Juste avant de poster ma déclaration d'impôts, j'ai reçu je ne sais combien de coups de fil d'instituts me disant qu'ils pouvaient m'aider à faire baisser mes impôts. Cool... Ah, oui, j'oubliais, la condition était que je paye au moins 4 500 euros d'impôts par an. Pas de bol, je ne les paye pas. Mais même à deux, c'est bon. Ben, re pas de bol, à deux on ne les paye toujours pas... On n'est pourtant pas les plus à plaindre question salaire. Je pense qu'on doit faire partie de la moitié la plus privilégiée des Français. Mais bon, non, la baisse des impôts ne s'adressait pas à nous. En fait, j'ai calculé la différence il y a deux ans : les mesures raffariniennes m'ont fait économiser 1 euro sur l'année. Pas mal : 1/5 de paquet de clopes (4 cigarettes, hmmmm, merci Monsieur Raffarin). Non, franchement, faut arrêter de déconner... Et encore, je n'ai même pas parlé des lois scélérates de Monsieur Sarkozy au sujet de l'immigration ou de la prostitution. J'en passe, et des meilleures. Super social, ce gouvernement, faut bien le dire !
Enfin, je ne suis pas là pour casser du sucre sur le dos de ce gentil gouvernement que j'aime tant. Mon but premier était d'analyser les arguments inédits contre le TCE.

Et là, je me heurte à la deuxième absurdité... Qui me révolte (mais j'ai quand même lu l'article jusqu'au bout).
D'après cet ami de Raffarin, le non des souverainistes et le non de la gauche européenne est le même. Qu'on fasse partie d'Attac ou de tous ces mouvements qui revendiquent plus de social dans la Constitution ou qu'on soit Le Péniste anti-européen, on vote non pour les mêmes raisons. N'importe quoi !
Je ne sais pas si ce monsieur connaît des Le Pénistes ou des gauchos, mais je crois qu'il n'a rien compris au film.
L'extrême-droite vote contre l'Europe. La gauche vote contre le libéralisme de cette Constitution. J'ai moi-même pensé que je voterais non. Mes raisons : le côté trop pro-armement, le libéralisme outré, et puis aussi le manque de souveraineté de l'Europe. Parce qu'on construit une confédération et non une fédération... Pas assez d'approfondissement, finalement, de cette Europe. Pas assez de compétences laissées à l'Europe. Pas d'organisation d'élections vraiment européenne avec des partis euroépéens supra-nationaux. Et ça, ce serait la même chose que le refus de Le Pen ou de De Villiers, qui eux, trouvent qu'on ne laisse pas assez de pouvoir aux Etats ? ? ? Je ne peux pas laisser dire ça...

Je continue à dire du mal ?
En ce qui concerne l'OTAN, je rappelle qu'il s'agit d'une possibilité et pas d'une obligation. Ceux qui sont dans l'OTAN peuvent y demeurer. Les autres ne doivent pas à tout prix y adhérer. Et, de toute façon, le domaine de la défense reste un domaine où on choisit à l'unanimité. Alors c'est vraiment un mensonge que de dire que nous serons à la botte des Etats-Unis et obligés de les suivre. Chaque pays pourra continuer à refuser cette politique américaine de merde. Je ne développerai pas plus sur ce point.

Enfin, l'argument qui tue : la gauche qui appelle à voter oui fait ça dans le but de gagner les élections de 2 007, et pas du tout par conviction. Je développe l'argument : sachant que ce texte est mauvais et que la France va se révolter contre ce trop-plein de libéralisme, la gauche appelle à voter oui et compte bien sur le mécontentement de la population d'ici 2 007 pour se proposer innocemment comme solution unique pour plus de social et moins de libéralisme. Petits pervers de politiciens qui ont déjà tout calculé dans leur petite tête. Heureusement qu'on est assez intelligents pour les démasquer.
Alors, le premier truc que je tiens à dire à ce sujet, c'est que ce sont les militants qui ont voté en faveur de la défense du oui et non les instances supérieures du parti. Je ne défends pas du tout les politiciens, il y a des pourris partout, et on n'est pas plus protégés à gauche qu'à droite... Mais bon, à ce compte-là, ceux qui appellent à voter non demain sont aussi en train de construire leur campagne de 2 007 (on vous l'avait bien dit ! ! !).
La deuxième chose, c'est que je suis de gauche, et que je voterai oui. Avec un petit peu mal au coeur (mais vachement moins qu'aux dernières présidentielles). Et si moi, je suis convaincue (je vous rassure tout de suite, je ne cherche pas à me faire élire en 2 007), sincèrement, dans le fond de mon coeur, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas des autres (d'ailleurs, autant de ceux qui choisissent le non que de ceux qui choisissent le oui) ? Il y a peut-être quelques pourris dans la tas, qui choisissent par stratégie politique. Ca ne m'étonnerait même pas. Mais je crois que la majorité est sincère (et je préfère être naïve que cynique).
Et pour finir, si on en est à prêter des intentions aux autres, qu'est-ce qui me dit que ce cher ami de Raffarin n'appelle pas à voter non pour des raisons tout aussi indéfendables que, d'après lui, la gauche appelle à voter oui ? Somme toute, il ment bien sur le socialisme présumé de son pote... Alors, moi, j'imagine qu'il propose ce non de droite dans le but que le TCE ne passe pas et qu'on renégocie un traité un peu moins social (après tout, les Anglais espèrent bien quelque chose de ce genre). Ce serait la bonne feinte, non ? Je n'ai pas de raison de ne pas le soupçonner, en tout cas.

Bon, cela dit, je ne le connais pas, ce monsieur, et il est peut-être sincère (je le souhaite pour lui, parce que sinon, c'est un homme triste). Et si c'est le cas, je le respecte. Mais voilà, je ne suis pas du tout sensible à ses arguments. Alors, je vais m'arrêter là...

3. Jacques Généreux

Toujours en réponse à mg, je suis allée voir les vidéos de Jacques Généreux sur le site de l'Express (Vidéos de Généreux), et je dois dire que je n'ai pas tenu le coup... J'ai trouvé ça globalement ennuyeux, et je n'ai rien appris de nouveau. Donc, je ne commente pas. Désolée, mg, j'espère que tu n'es pas trop déçu...

4. Justice et paix

Bon, histoire de développer un peu le point de vue du oui, qui est maintenant le mien, je passe à une double-page de Justice et paix. Je ne développe pas trop parce que ça reprend des tas de choses que j'ai déjà écrites.

Le TCE présente des améliorations par rapport au Traité de Nice :
Tout d'abord, les valeurs qui fondent l'Union se trouvent confortées et étendues : plus grande transparence de la vie politique, reponsabilité par rapport aux générations futures, dignité humaine, minorités, tolérance... Bon, j'ai déjà parlé de tout ça, je ne fais pas une liste axhaustive, il n'y a qu'à relire le Préambule et la Charte des droits fondamentaux (qui devient contraignante pour toutes les institutions de l'Union et pour les Etats lorsqu'ils mettent en oeuvre le droit de l'Union).
Ensuite, les objectifs de l'Union sont élargis en laissant plus de place au social (même si ça n'est pas encore tout à fait ça...), à la pluralité, au développement durable...
Troisième point : l'Europe prend une identité plus forte dans le monde (identité juridique) et son fonctionnement est plus clair et plus simple (majorité qualifiée à la double proportionnalité).
Quatrième point : Une meilleure démocratie participative (transparence, dialogue avec les associations, droit d'initiative populaire) avec un Parlement renforcé.

En ce qui concerne le néo-libéralisme du TCE, la véritable question qu'il faut se poser, c'est si le texte aggrave une situation de fait inscrite dès 1957 dans le Traité de Rome. A priori, ça n'est pas le cas. Car les objectifs de l'Union sont maintenant plus ouverts et rien n'empêche de mettre en oeuvre une politique sociale ans les Etats. En bref, le libéralisme forcené n'est pas une contrainte institutionnelle mais bel et bien un choix de politique intérieure (arrêtons de tout mettre sur le dos de Bruxelles).

Pour ce qui est des services publics, on peut noter un manque, mais il y a tout de même une ouverture, puisqu'ils sont présents dans le texte (sous le terme de SIEG) et que la politique de l'Europe va pouvoir les gérer (oups, à nos risques et périls).

Dans le domaine du social, il y a vraiment peu de choses. Il ne s'agit, une fois de plus, pas d'un recul, mais d'une sorte d'immobilisme. Néanmoins, des bases sont présentes, sur lesquelles les Etats pourront fonder une véritable politique sociale s'ils le souhaitent (reste à savoir pour qui on vote au élections nationales) : dialogue avec les partenaires sociaux, lutte contre l'exclusion, emploi, protection sociale, éducation, formation, santé...

Une Constitution gravée dans le marbre (c'est fou comme on en revient toujours aux mêmes questions...) ? La règle de l'unanimité a toujours été appliquée depuis le Traité de Rome et n'a pas empêché l'Europe d'évoluer. En outre, il y a des changements possibles à la majorité qualifiée, dans certains domaines pas trop sensibles, et le Parlement peut proposer une révision du texte. Sans compter que les coopérations renforcées peuvent faire avancer plus rapidement ceux qui le souhaitent (la véritable question serait alors : la France souhaite-t-elle réellement faire avancer les choses ou bien va-t-elle utiliser cet argument de l'intangibilité du texte pour ne rien faire ?).

Finalement, ce texte propose des ouvertures et des moyens d'action nouveaux. Refuser le TCE parce qu'il n'est pas parfait reviendrait à garder Nice qui est pire. Et quant à imaginer une renégociation alors que chaque Etat a fait les concessions qui lui semblaient possibles pour rédiger ce traité... Ce serait un peu illusoire. Le TCE reflète l'état actuel de l'Union. Et dire non fragiliserait l'Union et le processus d'intégration des nouveaux venus. En refusant le TCE, nous risquerions de remettre en cause les acquis de 50 ans (paix entre les peuples, amitiés, humanisme et solidarité).

En conclusion - et ce sera aussi ma conclusion à ce billet - votez OUI.
Enfin, ça ne m'empêchera pas de rester amie avec des tenants du Non qui cherchent à protéger les mêmes valeurs que moi par des moyens différents.