A la veille de notre départ au Bénin, je ne peux pas ne pas me poser certaines questions (suis-je bien claire ?). Et j'essaye d'enrichir ma réflexion de lectures saines, à commencer par le hors-série pratique n°18 (mars 2005) d'Alternatives Economiques intitulé "le tourisme autrement", dont je vous ai déjà parlé .
En fait, je réfléchis à un tas de choses sur l'impact de nos voyages, à nous, fiers Européens explorateurs de contrées lointaines... Et je vais ici essayer d'en faire le tour.
Oups, c'est pas gagné, surtout si je tiens à être claire et concise...

L'impact écologique

Bon, comme vous l'avez peut-être compris, je tripe sur l'écologie ces derniers temps...Si si, vous pouvez demander à Alain ou à Yannick, j'embête tout le monde avec ça...
Moyennant quoi, je me dis que c'est bien joli de partir en voyage solidaire, mais que l'avion, c'est quand même un dangereux pollueur... Je ne suis pas ici en train de dire qu'il ne faut plus prendre l'avion et qu'on aurait dû aller au Bénin à la rame, mais quand même. Juste un exemple concret (je cite Alter Eco.) :

Selon l'Institut Français de l'Environnement, l'impact climatique d'un aller-retour Paris-San Francisco équivaut au quart des émissions annuelles de gaz à effet de serre d'un Français.

Ca fout quand même un peu les boules !
De là à relancer le débat sur la taxation des carburants aériens... Ou le développement d'avions fonctionnant à l'huile de colza ou à l'énergie solaire... Je ne sais pas ce qui est réellement possible, mais il faut faire quelque chose, et vite ! (Et si vous n'êtes pas convaincus, venez flipper en (re)lisant mon billet sur le réchauffement climatique...).
Bon, et là, je ne m'étends même pas sur l'impact social des vols à bas prix... Vainqueur toutes catégories : Ryan-Air qui, sous prétexte de nous faire payer des voyages vraiment pas chers, exploite carrément son personnel (formation non payée, pas de repas durant les vols, uniforme à leur charge, horaires extrêmement lourds avec peu de vacances - et vive le code du travail !). Allez donc voir leur bilan, ça donne tout de suite envie de boycotter la compagnie !

Bon, en dehors de ça, il y a aussi tout un tas de choses qu'on fait mal une fois sur place... Certes, l'écotourisme se développe. On nous incite à utiliser moins d'eau dans certains hôtels d'Afrique ("Si vous acceptez de réutiliser la même serviette de toilette, vous économiserez l'eau, qui est une denrée rare chez nous... Sinon, roulez-la en boule par terre, et nous vous la changerons"), on apprend aux trekkeurs du désert à brûler le papier toilette qu'ils utilisent pour ne pas souiller les lieux dans lesquels ils sont passés, bref, on cherche à nous sensibiliser.
Mais est-ce que cela suffit ?
Là encore, quelques chiffres qui tuent...
Saviez-vous que, dans le désert, un Européen boit environ dix fois plus d'eau qu'un nomade ? Problème grave qui déséquilibre vraiment la biosphère de ces régions déjà arides, parce que les touristes y sont de plus en plus nombreux et ont une très nette tendance à assécher les puits...
Pensiez-vous qu'un trekkeur du Népal pouvait mettre en danger la région qu'il visite ? Eh bien oui, car il consomme environ six kilos de bois de chauffage par jour alors que cette région manque de bois (sans compter l'hectare de déboisement qu'a coûté la mise sur pied d'un lodge confortable).
Connaissez-vous l'impact de la construction et de l'entretien d'un golf dans un pays tropical ? Bon, accessoirement, je ne pense pas que, vous, mes lecteurs assidus, soyez du style à aller jouer au golf au fin fond de l'Indonésie, mais bon, je vais vous donner une raison supplémentaire de ne pas le faire... Donc, rien que pour cette pelouse verdoyante, on emploie une tonne et demie de pesticides et d'engrais par an (Miam, les bons nitrates !). Quant à la consommation d'eau, tenez-vous bien, elle correspond à ce que consomme une ville française de... 12 000 habitants ! Sachant que l'eau est plus rare là-bas que chez nous...
Bon, vous ne vous sentez pas directement concernés, mais il y a aussi toutes les piscines, jacouzzis (mais comment diable s'écrit ce mot qui ne figure même pas dans mon dictionnaire ?) et autres douches individuelles !
Bref, le tourisme détruit l'environnement (et encore, je n'ai pas parlé des herbiers et des blocs de corail-souvenir arrachés aux côtes), et ça ne me rassure pas le moins du monde de me dire que je ne fréquenterai aucun de ces hôtels de luxe, parce que je reste malgré tout une Européenne habituée à avoir de l'eau en abondance...

L'impact social

Bon, une autre question se pose nécessairement : est-ce qu'au moins le tourisme permet aux pays visités de se développer durablement ?
Ben, en fait, malgré les apparences, c'est une question relativement complexe...
Alors, la première chose, c'est que oui, ça aide les pays qui accueillent des visiteurs. Mais (il en fallait un, le voilà), le problème est que plus le pays est pauvre, plus le tourisme le rend dépendant des touristes.
D'une part parce que beaucoup de gens abandonnent leur emploi d'origine (agriculture ou autre) pour se mettre au service des touristes... ce qui crée un déséquilibre (manque de main-d'oeuvre pour nourrir la population locale, par exemple) et qui contient un risque majeur : en cas de crise (guerre, tsunami ou autre), les touristes ne viennent plus, et la population se retrouve dans la merde.
D'autre part parce que, pour plaire au touriste, il faut énormément importer : nourriture (moi, je ne comprends toujours pas pourquoi les adeptes indécrottables de la pizza-frites-entrecôte se payent invariablement des séjours là où on mange autre chose et ne décident pas plutôt d'aller dîner à la courte-buffalo-hut de leur quartier, mais bon...) et sodas, entre autres, mais aussi équipements plus lourds comme la clim.
Bref, en réalité, même si le tourisme leur rapporte un peu, il rappporte une fois de plus essentiellement aux grandes multinationales occidentales. En Afrique, par exemple, on calcule que seuls 15% des bénéfices du tourisme reviennent aux Africains aux-mêmes. Ce phénomène est d'ailleurs renforcé par l'achat de plus en plus fréquent des "pack-voyages" : on achète à un opérateur européen un pack comprenant le billet d'avion, les nuitées, les visites avec des guides européens, bref, tout (ou presque).
Encore des chiffres pour faire réfléchir : un voyageur autonome au Ghana dépenserait 97 dollars en produits locaux, contre seulement 52 dollars pour le voyageur au forfait et (je ne trouve pas de mot pour dire seulement puissance 10) 0.03 dollars pour le touriste en croisière ! Bon, je ne sais pas si c'est par jour ou par séjour, mais ça donne l'ordre de grandeur, et c'est effarant.
Du coup, je me sens rassurée par notre voyage : en dehors du billet d'avion Air-France, tout le reste est aux mains des Béninois qui gèrent ça comme ils l'entendent ! Et on n'aura pas la clim...

Enfin, ceci n'est qu'un bout de l'iceberg, car ce n'est pas tout...
En matière d'investissements publics, le tourisme a tendance à déséquilibrer aussi la vie locale et à détourner des fonds a priori prévus pour la population locale elle-même. Par exemple en construisant des autoroutes entre les aéroports et les lieux de villégiature ou les sites touristiques au lieu d'investir dans des infrastructures qui serviraient aux villageois d'un coin paumé...
Et tout ça, sous la pression de qui ? Des fameuses multinationales du tourisme (Accor and co) qui menacent de ne plus investir dans ces pays - qui ne peuvent évidemment pas se le permettre.

Quant aux dictatures, faut-il les boycotter ?
Là encore, c'est délicat.. On a envie de se dire qu'on vient quand même en aide aux populations locales en leur achetant quelques objets d'artisanat, grâce à la vente desquels elles pourront améliorer un peu leur quotidien...
Mais ça peut aussi cacher de l'exploitation par les gouvernements qui créent des emplois sous payés pour nous satisfaire. Ou pire. Par exemple au Myanmar (ex-Birmanie), on a juste muselé l'opposition (que surtout les touristes ne soient pas dérangés par les problèmes de politique intérieure...), détruit des villages pour construire des complexes hôteliers (et déporté les villageois on ne sait trop où), donné du travail aux prisonniers politiques qui ont été forcés de construire lesdits équipements touristiques...
Bref, rien ne prouve que la présence des touristes peut contaminer un pays et l'emmener en douceur vers la démocratie...

Un autre point que je ne développe pas, pour le coup, parce que je ne saurais pas quoi en dire : le tourisme sexuel et la prostitution des enfants pour le bon plaisir de ces messieurs les touristes sympas... C'est vraiment trop dégueulasse !

En conclusion ?

Ben, franchement, je ne sais pas trop...
Privilégier l'écotourisme, ça c'est sûr. En essayant de rallier les lieux de villégiature autrement qu'en avion...
Tester le tourisme solidaire qui se fait en coopération avec les populations locales (elles gèrent elles-mêmes la mise en valeur de leur patrimoine, des quotas éventuels dans le flux touristique...) et qui privilégie des axes de développement local plutôt que l'essor des multinationales.
Arrêter de réserver sur internet des voyages de dernière minute à bas prix et essayer de trouver des locaux qui vous organiseront votre séjour sur place... Donc ni croisière ni pack-voyage....
L'idée étant que plus on favorise les locaux, plus ils parviendront à prendre leur indépendance vis à vis du monde occidental, ce qui permettra au tourisme de devenir pour eux un réel facteur de développement.

C'est tout pour ce soir... Promis, j'arriverai un jour à être concise !