Oui, ben, avant tout, je vous conseille d'aller lire cet article, là-bas, si vous voulez comprendre quoi que ce soit à ce que je vais écrire...
Et, oui encore, ça rejoint mon énervement contre les détracteurs du blog. Là, je suis juste encore plus en colère, parce que je trouve que cet article va plus loin et remet en cause des choses qui, à mes yeux, sont nettement plus importantes qu'un petit blog perso. comme le mien...
Accessoirement, je ne sais pas si c'est à l'auteur du billet (Hubert Guillaud) où à l'auteur du livre qu'il cite (Nicholas G. Carr) que je dois m'en prendre. Enfin, au deuxième, c'est sûr. Le premier, j'ai du mal à savoir, et ça attise peut-être aussi ma colère. C'est super bien de mettre en ligne les thèses de certaines personnes de façon très objective et très neutre, mais il y a aussi un moment où il faut prendre ses responsabilités et commenter (ou alors préciser qu'on ne commente pas par souci de neutralité). Mais là, qui ne dit mot consent !

Bref, bref, bref...
Je me doute bien que ça va encore ternir mon image de femme mûre et réfléchie, mais je ne peux pas laisser passer des choses comme ça. Je le devrais peut-être, cela serait certainement plus sage. Mais bon, voilà, je n'y parviens pas. C'est tout, et c'est comme ça, c'est tout à fait moi, je ne le nie pas, vous ne me referez pas, ça c'est sûr et archi-sûr. Mais c'est vraiment trop grave d'écrire des trucs pareils !
Bon, je vais donc reprendre point par point ce que j'ai à répondre à cette ignoble argumentation qui ne tient pas la route (à mes yeux du moins).

Bon, je commence par le début et donc par cet argument selon lequel en préférant le web (amateur) aux discours officiels, on choisit du même coup superficialités, humeurs, écholali, tendance à renforcer plutôt qu’à contrecarrer l’extrémisme idéologique et la ségrégation. D'accord, c'est vrai que là, vous me lisez, et c'est ma méchante humeur qui prime sur les faits, et c'est aussi mon extrémisme intrinsèque qui prend de la place dans ces pages.
Mais, outre le fait que je ne suis pas seule à écrire des articles on the web, il y a aussi des fois où je privilégie les faits - par exemple quand je parle du réchauffement de la planète, du spermatozoïde de la drosophile ou de l'artisanat béninois...
Et, histoire de ne pas être démago du tout, j'aimerais bien savoir en quoi Mein Kampf, pourtant publié et vendu à chers deniers, ne privilégie pas certains états d'âme et un tout petit peu d'extrémisme. Bon, OK, sans aller aussi loin, combien de livres tournent en réalité autour des états d'âme de leurs auteurs ? Et Brigitte Bardot, dans son dernier bouquin, elle n'est pas un peu extrémiste ?
Ce que je veux dire c'est que, bien sûr, il existe des sites personnels qui racontent des états d'âme et qui se complaisent dans une forme d'extrémiste BCBG, mais bon, voilà, quoi... D'abord, d'autres ne le font pas. Et ensuite, ceux qui le font n'ont pas le privilège d'être seuls sur la ligne de départ.

Je continue... le choix est clair, entre l’Encyclopédia Britannica et Wikipedia, on choisira ce qui est gratuit, et ce qui s’y trouve sera répliqué à l’infini sur le web, quelle que soit sa qualité.
Là encore, je ne suis pas convaincue. Bon, c'est sûr, on a tendance à choisir ce qui est moins cher (voire gratuit). Mais, ça n'a rien d'une loi. Et tant que rien n'est prouvé, je reste sceptique. Il faut arrêter de prendre le consommateur pour un imbécile !
D'une part, on sait très bien que les consommateurs ont tendance à privilégier ce qui est moins cher uniquement s'ils en apprécient la qualité (sauf si vraiment ils n'en ont pas les moyens, mais je pense que, du moment qu'on a de quoi se payer un ordinateur et internet, on a aussi les moyens de choisir les logiciels qu'on utilise et les sources auxquelles on fait appel). Bref, on teste quelque chose de moins cher, et si ça ne convient pas, on revient au choix antérieur. Donc si les logiciels libres sont si mauvais que ça, on peut être sûr que personne ne les utilisera.
D'autre part, et là je m'interroge sincèrement, je constate une chose : il me semble bien que Linux est libre et gratuit. Pourquoi, alors, si l'on suit le raisonnement de ce bonhomme, tout le monde n'est-il pas équipé de Linux ? Franchement, en France, on n'a même pas 10% de Linux. Aors, déjà là, le raisonnement est bancal... (Et en fait, je me demande bien pourquoi on n'est pas tous sous Linux, vu que c'est bien. Mais bon, c'est une autre question.)
Mais ce que je constate aussi, c'est que ceux qui sont sous Linux sont, étonnamment, des informaticiens ou des personnes très branchées nouvelles technologies. De là à en déduire que les informaticiens sont trop pauvres pour se payer des logiciels payants beaucoup plus performents que les logiciels libres, il n'y a qu'un pas. Ou alors, peut-être que nos informaticiens n'ont pas assez de recul pour savoir ce qui est performent et ce qui ne tourne pas ? Il faut se poser la question honnêtement, on ne sait jamais...

Bon, là, j'ai un peu anticipé la suite de ce qui me révolte dans cet article... Je cite et puis vous relirez mon dernier paragraphe pour avoir les idées dans le bon ordre : Carr enfonce même le clou en proposant une loi des wikis selon laquelle “la qualité de la production décline à mesure que le nombre de participants augmente”.
Ben, en fait, là, je suis tellement surlecutée que je ne sais même pas quoi répondre... Et j'aimerais bien savoir sur quoi se fonde sa loi.
Parce que moi, j'avais lu un article dans je ne sais plus quel "bon" journal (L'événement du jeudi ou Courrier international, je ne sais plus) (mais payant, c'est sûr !). Ils racontaient l'histoire d'un type qui avait voulu prouver que Wikipédia, c'est de la merdouille. Exprès juste pour embêter le monde, il avait introduit 10 fautes dans des articles de l'encyclopédie, rien que pour voir ce qui allait se passer. Et bien il n'en était pas revenu : les fautes avaient été toutes été rectifiées dans la demi-journée. Pour moi, c'est un signe.
Plus il y a de monde qui participe au projet, plus il y a de spécialistes capables de rectifier les erreurs commises - volontairement ou non - par les autres. Et je pense réellement qu'il existe un pouvoir de la communauté en termes de valeur. A chaque fois que je m'intéresse un peu plus en profondeur aux débats de Wikipédia, je suis très impressionnée par le sérieux des participants : on vote pour savoir ce qu'on fait d'un article un peu douteux, on transforme, on cherche ensemble des règles constructives...
Alors, c'est sûr, un pirate peut se cacher, et on ne peut pas toujours le démasquer et lui interdire l'entrée sur le terrain. Mais d'une part, on peut modérer un max. Et, d'autre part, on peut repasser derrière et modifier, corriger... C'est casse-pied. Mais, pour moi, c'est un risque à prendre et le jeu en vaut la chandelle.
Et quand Mr Carr insiste sur le fait que la gratuité est souvent gage de moins bonne qualité, je ne suis pas d'accord. Quand on parle d'un baveux qui est distribué gratuitement parce qu'il vit par les publicités qu'il publie, c'est une autre question - il a vendu son âme aux produits qu'il vante, le problème est autre. Mais Wikipédia (ou LInux ou tout autre truc communautaire de ce type), ça ne vit pas grâce aux pubs, mais grâce à des personnes qui donnent de leur temps et de leur argent pour un projet qui les fait vibrer et qui les stimule parce que cela entre dans leur référentiel de valeurs humaines. Pour moi, c'est beau de collaborer à un projet de partage de connaissances. Et cela me suffit pour me motiver y donner du temps et de l'argent (même si je n'ai vraiment pas assez de temps en ce moment). Et je pense - pour le vivre personnellement - que quelqu'un qui est prêt à donner du temps, gratuitement, à un projet de ce type, ne va pas s'amuser à le pourrir ou à être inexact par flemme. En réalité, en s'engageant là-dedans, on ne peut pas s'empêcher d'être au top. Et, pour un pirate, le saccage manque de charme.
Et je continue à enfoncer le clou au sujet de la gratuité - certains commentaires portent sur le bénévolat, et je reviens sur cette question du même coup. Pour moi, le bénévolat n'est pas lié à l'incapacité et au manque de qualité. Et ce n'est pas parce qu'on fait du soutien scolaire bénévolement qu'on va mal enseigner aux enfants. Et ce n'est pas non plus parce qu'on apprend quelque chose dans un réseau d'échange de savoirs ou dans un SEL qu'on est voué à recevoir des connaissances ou des compétences de second ordre. Et, sans défendre ma chapelle, ce n'est pas parce que l'école publique est gratuite qu'elle est moins bonne que l'école privée (pour ceux qui ont un doute, des études ont prouvé qu'à niveau social d'origine égal, les résultats se valent... Toute la différence réside en fait dans la sélection du départ).
Non, je crois qu'en réalité, la différence majeure réside dans la vision qu'on a et qu'on veut bien avoir de la société. Tout baser sur l'argent et l'économie. Ou croire (comme moi) qu'on peut aussi construire sur la gratuité et l'échange libre. Chacun peut apporter aux autres, à sa mesure, et c'est pour moi une richesse bien plus qu'un risque.

Alors bon, je crois que j'ai dit l'essentiel de ce que je voulais dire, à savoir que je défends et que je continuerai à défendre la liberté, la gratuité et la communauté, mais j'ai quand même envie de râler encore un coup et de montrer à ce monsieur qu'il est un peu démagogue et que ça m'agace (pour ne pas dire plus). Je cite : Alors qu’arrive-t-il à ces pauvres andouilles qui écrivent des encyclopédies pour en vivre ? Ils flétrissent et meurent.
Arf, c'est pitoyable. Tiens, ça me fait penser aux interviews de garagistes sur TF1 après les interventions de la Prévention Routière : "Euh, ben, vous comprenez, nous on est bien embêtés qu'il y ait moins d'accidents qu'avant, parce que du coup, on est au chômage".
Je suis très triste que les garagistes aient pu apparaître comme des salauds à cause d'un connaud qui n'a pas pu s'empêcher de dire une grosse connerie. Mais bon... Voilà. La société change. Des fois en bien, des fois en mal. Mais elle change. Et il va falloir s'adapter. Je ne crois pas que l'encyclopédie payante soit en grand danger. Et si elle l'est, qu'elle se transforme ! Il faut savoir être inventif. Je ne veux pas de chômeurs, qu'on soit bien d'accord, mais il faut créer et s'adapter. Si l'encyclopédie ne répond plus à nos besoins, qu'elle se modernise ! Moi, franchement (et ce coup-ci, c'est moi la démago), je suis heureuse qu'il y ait moins de forgerons pour fabriquer des épées, je suis heureuse qu'on n'ait plus trop besoin de faire appel aux services des canoniers. D'autres branches d'activités surgissent et disparaissent tous les jours. Est-ce grave ?
Et je ne suis pas sûre que les blogs soient des concurrents sérieux aux journaux classiques. C'est sûr, ils concurrencent certaines choses. Mais je ne crois pas que Le Monde (pour toujours revenir à lui) hébergerait ses concurrents s'il pensait qu'ils représentent un réel danger pour lui... Soit les sites et blogs persos expriment juste des états d'âme, et la presse n'a rien à craindre. Soit il s'agit de sujets de fond, et ceux qui les écrivent s'intéressent à la presse. Je suis désolée de le dire, mais tous les gens que je connais qui s'intéressent aux logiciels libres, par exemple, achètent dela presse spécialisée pour se tenir au courant des nouveautés (tout en continuant à fureter sur le net). Et ceux qui s'intéressent à la politique continuent à lire des journaux traditionnels.
Bref, aucune concurrence directe, de mon point de vue. Mais je reconnais qu'il ne s'agit là de ma part que d'observations empiriques, je ne me permettrais pas d'en tirer une loi pseudo-scientifique.

Bon, enfin, TOUT ça pour dire que je me suis un peu emportée en lisant ça parce que je trouve honteux qu'on puisse rapporter de tels propos ! Ca me révolte. Et je tenais à réaffirmer quelles sont mes valeurs et à insister sur la nécessité, dans notre pauvre petit monde, de la gratuité.
C'est tout, ça y est, je suis calmée.