J'ai plutôt l'habitude d'essayer d'avoir un aperçu clair du contexte d'un problème pour mettre le doigt où ça fait mal et proposer des solutions ; le bon sens (et non la stigmatisation, comme le fait le populisme) et le sens des priorités, je l'espère, font bien leur boulot, par la discussion non enflammée et les proposition. Bien sûr (comme le dit Marie) je ne suis un expert en rien de tous les problèmes abordés, mais après tout, autant que 96% (±3%) de la population "française" au sens large. Alors pourquoi ne pas en parler, et laisser les "experts" venir à nous et prendre le temps de nous expliquer ce qu'on n'a pas compris/oublié/mal vu…

C'est une synthèse sur le style de la conversation d'un dialogue avec un copain ; nous avons quelques divergences de vue, mais au final des raisonnements assez semblables et complémentaires. Marie a contribué à certaines remarques sur pas mal de points. Attention, ce texte ne représente pas mes, ses ou ses opinions, il vise à éveiller la réflexion. SVP, réagissez avec calme, et commentez les points qui provoquent un fourmillement dans votre cortex cérébral ; ne brûlez pas le blog !

En guise de mini-résumé du contexte, voici trois liens :


Tout d'abord revenons sur le mot "jeune" qui, utilisé comme il l'est dans le jargon journalistique, associé à tous les phénomènes de délinquance et faits divers, stigmatise à mon sens une généralisation : "une bande de jeunes" implique "problèmes, casse, vandalisme, banlieues, maghrébins, noirs…". Ces connotations sont analogues à la réciproque : "les riches" (en gros, "les plus riches que moi", "les blanc-becs"…). Haine plus ou moins affichée par rapport au fossé de génération, à la réussite sociale, aux origines… Où veux-je en venir ? Qu'il faut savoir précisément de qui on parle, et utiliser les bons adjectifs. Parce que : "qui c'est qui a fait ça ? - un jeune - ah…", pas "ah…" du tout pour moi.

QUI ?

Les personnes dont on parle pour ces émeutes ne sont pas des "jeunes", ce ne sont ni toi ni moi ni nos enfants si on en a. Ce ne sont pas TOUS les "jeunes", ce sont DES "jeunes". Oui mais lesquels ?
- Ce sont principalement des casseurs qui font rien d'autre de la journée que zoner, et qui pour s'amuser n'ont rien d'autre que brûler des voitures.
- Pas tout à fait, y'a les meneurs et les suiveurs, les phénomènes de bandes (ils n'y vont pas tout seuls) ; il y a des zonards, des caïds… Mais il y a aussi des gamins qui imitent. Je pense que le début vient des grands qui, ensuite, montrent l'exemple aux plus gosses, qui en plus ne peuvent pas se faire gauler par les keufs car il sont mineurs ; ils savent que judiciairement on ne peut rien contre eux.
- Pas sûr ; ceux qui le savent, c'est ceux qui ont des copains qui ont eu l'expérience, donc des durs, et là ça a l'air d'être (source police) beaucoup d'individus (adolescents) au casier judiciaire vierge.
- Je suis même pas certain qu'il n'y ait pas (maintenant, pas au début) une forme d'organisation en ce sens ; les voitures brûlées au nouvel an c'est très bien organisé car ils préparent le matos avant : tu as de l'essence, des mèche et des bouteilles comme ça a l'improviste ?
- Ca reste encore anarchique dans qui participe dans la bande, et il n'y a pas forcément de lien entre les villes, c'est une concurrence pour faire parler de soi, sans revendication, pour s'amuser, un jeu bête.
- Mais en termes de cité ou de bandes, je pense que c'est très structuré, il y a un boss et des manards et chacun fait quelque chose de déterminé qui fait tenir l'ensemble.
- En province, je pense que c'est moins organisé que dans la région parisienne ou t'as déjà des gangs (trafics d'armes etc).

LA REVENDICATION ?

Introduction

- Si demain Le Pen passe au pouvoir, je peux t'assurer que nous on s'organisera et s'il faut faire un putsch je le ferai et je serai pas le seul.
- Mmmh, je pense aussi qu'au premier dérapage, je rejoins le maquis ; et je pense que la police peut aussi ne pas suivre les ordres de la hiérarchie, genre "réprimez-moi ça" - ouais, c'est cela, après toi chéri…
- Tu vois donc que quand tu as un message à faire passer tu t'organises.

Oui mais :

- Là, c'est pas pareil, y'a pas de message, y'a que la destruction pour s'amuser, tout casser…
- La question est celle du message, et c'est là que ça se corse. Je ne suis pas non plus sûr que l'on puisse être aussi déterministe ; je pense que la réponse à la question "message" est dans la découpe suivant la durée :

  • Au début le message clair, je pense, était : "sarko tu te prends

pour qui ? tu nous insultes ? tu rentres dans notre jeu on va te montrer que nous aussi on est des gamins et on va te mater".

  • La deuxième phase est "je cherche des prétexte pour dire que je

revendique quelque chose". Typique de l'exclusion.

  • La troisième phase "je pousse le système à bout car j'ai trouvé la

faille et je n'ai plus aucun message", c'est le jeu.

- Bien vu, mais je pense que l'essentiel de la province c'est la (2e et) 3e phase, alors que la région parisienne a tout eu, ce qui témoigne de l'absence de réel message à faire passer, ce qui dénature totalement l'explication par un "phénomène de malaise face à leur situation quotidienne".
- Tout le monde sait que les problèmes de banlieue ne datent pas d'hier, donc le message de revendication est déjà "out". Et attention : la province c'est aussi l'"imitation", qui serait une quatrième phase. - Si j'ai bien compris, au final ils font ça gratuitement… mais alors,

COMMENT EN SONT-ILS ARRIVÉS LÀ ?

- Je dirais du coup qu'il y a un problème social (qui ne passe pas par la revendication) pour "ceux qui font ça". Je ne vois pas quelqu'un avec un emploi ou un étudiant en non-échec aller brûler des voitures la nuit. Ce sont donc des individus qui sont sortis du système, ou bien dans le système par obligation (collège) mais qui ont déjà sombré dans l'échec. Y contribuent entre autres : les filières scolaires non adaptées, le manque d'activités extra-scolaires (par absence ou refus), et le chômage des jeunes (moins de 25 ans) qui caracole en tête, pour tous les milieux sociaux.
- Il faut aussi penser à la dimension géographique, et aux discriminations raciales à l'embauche, au logement, aux loisirs (entrée en boîte ?) etc. Sans compter le malaise et le ressenti négatif face aux amalgames du type : arabe = musulman = intégriste = voile = terroriste…
- Autant que les discriminations sexuelles, mais on sort du problème ; il ne faut pas oublier non plus qu'il y a l'effet nocebo : "je suis d'origine différente, c'est normal que j'y arrive pas, ils sont racistes de toutes façons, je ne vais pas faire d'effort, et si je n'y arrive pas, c'est de leur faute". C'est difficile pour un peu tout le monde, pas spécialement pour "toi qui es de banlieue" ; on ne leur fait pas assez comprendre qu'on veut leur donner les mêmes chances que tout le monde.
- Mais alors…

QUE PEUT-ON FAIRE ?

- L'idée est de se demander si tu casses les banlieues et si tu mélanges tout ça avec la ville downtown les quartier hype : est ce que ça se produirait ?
- A mon avis, c'est déjà trop tard pour cette génération ; mais à long terme, ça aurait des chances de réussir : il y a les phénomènes de bandes qui sont favorisés par la densité de population, et la capacité des parents à contrôler les fréquentations des enfants… beaucoup plus dans les zones peu peuplées que dans les zones densément peuplées. En parlant des parents, je pense qu'ils ont une grande responsabilité dans l'éducation de leurs enfants, disons jusqu'à et pendant la période collégienne, la période la plus propice à la dégringolade et l'échec scolaire. (la très grosse majorité des conseils d'exclusions, expulsion ou réintégration suite à expulsion d'un autre établissement dont j'ai entendu parler ces 5-7 dernières années étaient au niveau collège. Bien sûr j'ai sans doute une vision partielle du problème, mais ça témoigne du fait qu'ils atteignent pas le lycée général. Ma question : comment ça se passe dans les autres lycées ?)
- Les parents au chômage enlèvent sans doute aussi pas mal de motivation… ils se demandent pourquoi on les a fait venir après la guerre pour redonner a la France sa puissance, et maintenant leurs gosses et petits-enfants n'ont rien…
- Sans stigmatiser, il y a de ça ; il y a aussi des rapatriés d'Algérie, et je ne pense pas que ce soit vraiment le problème social principal : l'échec des politiques d'intégration ou de "cohésion". Et ça rejoint le fait que les grands ensembles urbanistiques on finalement servi de ghettos…
- Donc c'est un peu "si tu mixes tout, la banlieue étant une minorité de population, tu obtiens une cohésion"
- Il y a aussi le nombre d'enfants qui est donné comme prétexte dans l'incapacité des parents à ne pas capituler devant leurs enfants…
- En même temps, une politique familiale *féministe* dans des familles d'origine souvent "arabe" ou les mecs dominent, c'est mal barré.
- Oui, mais faut faire pression, et je pense qu'ils comprendront à la longue que "trop d'enfants qu'on peut pas surveiller mène aux problèmes".
- Après, il faut s'interroger sur les moyens autres que "cohésion sociale" : école, terrain de sport…
- Activités extra-scolaires obligatoires et gratuites…


IL N'Y A PAS DE CONCLUSION

si ce n'est : c'est pas en cassant qu'on résout les problèmes.

Tous les commentaires sont les bienvenus.