Mes voisins sarko-le pénistes
Par Marie Becker,
mardi 7 février 2006 à 22:02 :: Société
:: #92
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Thèmes : banlieue, environnement, idéaux, politique, révolte
Oui, oui, ça arrive partout... C'est une tendance politique très à la mode...
Et ça me rend dingue !
GRRR ! Je n'arrive pas à m'y faire, il s'agit d'une véritable épidémie, et rien n'y fait, ils sont partout, à votre porte, prêts à tout pour préserver leur petit chez eux si confortable.
Pas de questionnement politique ou social, pas de solidarité, chacun pour soi, aucun doute, vos voisins aussi sont sarko-le pénistes. Arghhhhhh ! Protégez-vous bien, ça m'a l'air très contagieux...
Tiens, j'en pleurerais de rage si je n'étais pas si déprimée.
Petit historique de la situation...
Après 6 ans dans cette gentillette résidence, je ne me doutais de rien. Or voilà qu'un jour, tout mon univers s'est effondré...
Tadaaaam ! Tadadaaaaam !
Bon, c'est vrai, ça n'est pas si vieux que ça, je me souviens, c'est le soir où je suis retournée à l'école avec Stéphane, en pyjama. Oups ! Tout ça pour une histoire d'appareil photo numérique... J'étais dans une colère noire ! Ca devait être mi janvier.
C'est de la faute d'Alain, tout ça, parce que moi je suis miro. Enfin, pas en vrai, c'est plutôt une sorte de cécité mentale qui m'interdit d'ouvrir les yeux sur les choses du quotidien que je n'ai pas envie de voir. Pfff, ça fait 30 ans que ça dure, ce n'est pas demain la veille que ça changera. Mais bref, Alain m'a fait remarquer un texte affiché quelque part sur les murs dans l'entrée de l'immeuble.
Petit résumé du truc : des jeunes traînent dans notre jolie résidence, ouh, la honte, c'est pas bien, ça sent mauvais les jeunes et c'est dangereux... Heureusement, votre syndic veille sur vous. Il vient de demander des devis à deux sociétés différentes pour que l'entrée de la résidence soit enfin fermée aux intrus. Enfin, nous habiterons un beau bunker plein de barrières avec plein de codes secrets comme dans les films où les héros meurent à la fin. Enfin, nous serons en sécurité et les jeunes n'envahiront plus notre petit coin de verdure. Mais surtout, si jamais vous rencontrez un problème, appelez la police de la part de la Résidence des B.B., ils ont déjà une plainte à notre nom et ils interviendront avec diligence et promptitude. Et bla et bla et bla.
Bon, je le reconnais, j'ai oublié de vous resituer tout ça dans son contexte. Il paraît qu'il y eu un cambriolage dans la résidence mais pas du tout perpétré par les jeunes en question, le papier était clair à ce sujet : AUCUN RAPPORT. Alors où est le problème ? Il paraît aussi que des jeunes ont cassé une porte vitrée. Là, je dois reconnaître que c'est mal et que les voisins ont eu raison de déposer une plainte. Et il paraît aussi que des jeunes ont jeté une cannette vide contre un volet fermé. C'est pas bien non plus.
M'enfin, est-ce que ça mérite les foudres de la copropriété ?
Franchement, je ne pense pas être plus inconsciente du danger qu'une autre. Et je dois dire que si ces débordements ont réellement eu lieu, il est normal d'avoir pris des mesures. Mais pour moi, ça n'implique pas qu'on doive se cloîtrer dans un camp avec des miradors autour.
En tout cas, en ce qui me concerne, j'observe en catimini cette race étrange qui envahit jour après jour la résidence : les jeunes. En fait, ça y est, j'ai compris d'où ils viennent : ce sont des enfanst qui ont grandi !
Ben oui, rappelez-vous, j'ai dû vous en parler : il y avait plein d'enfants dans la résidence quand je suis arrivée et j'étais réveillée par leur cris dehors le mercredi et le dimanche matin, même que je trouvais ça aussi agréable que d'être réveillée par le chant des oiseaux : c'est la nature et c'est la vie. Et c'est vrai que notre résidence était le lieu de rassemblement de tous les enfants du quartier. Ils se retrouvaient chez nous pour jouer ensemble, faire du vélo, construire des châteaux dans le bac à sable. En gros, ils donnaient vie à notre petit parc. Et j'adorais ça.
Et c'était il y a 6 ans... Il y a toujours des enfants. Mais ceux-là, ceux d'il y a 6 ans, ils sont devenus quoi ? Ca y est, vous y êtes : des jeunes ! ! ! Incroyable mais vrai, ils ont poussé à un rythme fou... Et les voilà comme de vrais ados qu'ils sont à squatter par devant chez nous, en paquets, avec des clopes et des cannettes de bière, comme tout adolescent qui se respecte. Enfin, y'en a aussi qui sont sages, et qui ne touchent pas à la drogue, hein, oh, faut pas croire (euh oui, pour moi, la nicotine et l'alcool sont des drogues aussi dangereuses que la marijane... Je l'sais, j'ai essayé...).
Bon, en tout cas, en ce qui me concerne, ces anciens enfants ne me dérangent pas. Des fois ils s'asseoient sur mes marches, pourtant, avec leurs fesses sales à eux ! Et quand je sors de mon chez moi, ils me font un sourire et me disent "Bonjour Madame", parce que, maintenant que j'ai 30 ans, j'inspire un certain respect, même aux voyoux (ça pose, un âge si canonique). Mais bon, je me méfie parce que, comme ils disent aussi des fois un truc qui ressemble à "bonne journée", je me demande s'ils ne pratiquent pas la magie noire.
Le syndic à raison, on devrait peut-être fermer la propriété...
Bon, vous l'aurez compris, les jeunes en question sont à peine des "djeuns", alors ça me fait doucement rigoler tout en me laissant un petit goût amer derrière la langue, là, au fond de la gorge.
Et encore, cette tentative sarko-le péniste n'était rien à côté du dernier assaut que nous avons subi il y a 15 jours. Et c'est encore la faute d'Alain, je n'avais rien vu, mais rien de rien de rien du tout, occupée que j'étais à gérer mes clefs et mes pensées en rentrant de l'école. Et là, c'est pas un petit goût amer que ça m'a laissé, mais carrément une grosse boule dans le ventre.
Parce que le mot qui était affiché, cette fois-ci, c'était une pétition adressée à Monsieur le maire de Vitry et qui disait en gros : Alors, là, Monsieur le maire de vitry, vous exagérez un brin... Figurez-vous que nous venons d'apprendre qu'il paraît que peut-être il est possible qu'éventuellement les Orphelins Apprentis d'Auteuil auraient semble-t-il le projet d'acheter un pavillon dans le quartier. Non, mais, vous rendez-vous compte, Monsieur le maire de Vitry ? ! ! Nous vous avons pourtant expliqué il y a quelques temps que nous avons d'énormes problèmes à cause des jeunes du quartier. Alors, franchement, mais comment est-ce que vous pouvez autoriser une telle transaction, Monsieur le maire de Vitry ? ? C'est une honte, faites quelque chose pour nous sauver de la pègre et du choléra qui ne manquera pas de s'installer dans nos foyers !
Suivait une page où des gens courageux avaient griffonné un semblant de signature sans même oser écrire leur nom (en oubliant que, du coup, ça ne possédait plus aucune valeur, mais bon, tant pis pour les lâches !). J'étais verte ! Je suis outrée...
Franchement, déjà j'aurais été choquée de lire ce discours s'il s'était agi d'une maison de réinsertion pour jeunes délinquants. Mais je dois reconnaître que j'aurais trouvé l'angoisse de mes voisins totalement légitime. Agaçante, égoïste, pas sympa, tout ce qu'on veut, mais légitime. Mais vous connaissez les Orphelins Apprentis d'Auteuil ? C'est vraiment des gens géniaux, d'une très grande générosité, et encadrant les jeunes avec une rigueur inimitable, à la fois tendre et ferme. Bref, c'est une association qui ne laissera jamais ses apprentis se balader dans notre résidence avec de la bière. Au pire, ils nous diront "bonjour" quand ils nous verront. Mais bon, si on porte un collier d'ail et un peu d'eau bénite dans notre poche, tout ira bien, vous en faites pas.
Bon, il est vrai que je manque d'objectivité. C'est parce que des fois j'oublie qu'en langage sarko-le péniste, orphelin = pédophile, apprenti = psychopathe et d'Auteuil = récidiviste. Et ça a tendance à venir jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. Mais bon, en dehors de ça, si on fait abstraction de ce risque, je pense qu'on devrait survivre à cette invasion.
En réalité, ce qui me choque le plus, c'est d'avoir vu le nom de voisins que j'aime bien dans les signatures illisibles. Des gens que je respectais jusque là et qui m'ont vraiment déçue. Moi, si j'avais des enfants et si je venais à mourir (oui, ça fait un petit paquet de si, mais bon...), je serais rassurée de savoir que mes mômes vont être pris en main par des gens aussi sérieux et bienveillants que cette association. Enfin, pas besoin que je mette les points sur les "i", vous avez compris que je suis en colère devant la lâcheté de certains, devant leur bêtise (oui, parce que bon, il va en faire quoi, le maire, de leur pétition ?) et devant leur égoïsme patent.
Moyennant quoi, après deux heures d'angoisse profonde, j'ai pêté un plomb. J'ai pris un papier et un crayon et j'ai répondu à mes chers voisins que, personnellement, je respecte énormément cette association, parce qu'elle donne une chance à ces jeunes de s'en sortir, et que je trouve que c'est un honneur de les accueillir parmi nous et de leur partager un ptit bout de notre bien-être. En gros, j'encourage leur installation et je leur souhaite une bonne arrivée. Non, mais, sans déc.
Bon, après, je dois dire qu'à la fois je me sentais soulagée, et qu'en même temps j'ai mal dormi : j'avais un peu peur qu'en plus de retrouver mon papier déchiré (pas grave, j'étais prête à le faire 10 fois de suite s'il le fallait, pour bien dire que je n'étais pas complice), j'avais un peu peur que quelqu'un ait tagué la porte de l'appart ou cassé notre boîte aux lettres (ah oui, parce que moi j'ai signé).
Et ben figurez-vous que j'avais tort : le mot est resté là jusqu'au soir (où il a disparu en même temps que la pétition). Personne n'y a répondu mais la pétition n'a récolté que 3 signatures. Arf, bien fait !
Comme quoi, je suis mauvaise langue. Mes voisins sont peut-être des gentils en fin de compte. C'est peut-être juste les propriétaires, ceux qui font partie du conseil syndical, qui sont méchants. Ils ont peut-être peur que leurs biens immobiliers perdent de la valeur. Nous, on s'en fout, on est tous locataires. Alors bon, si les prix baissent grâce aux Orphelins Apprentis d'Auteil, on leur paye un coup, on achète un appart dans la résidence, puis on écrit au maire pour qu'il les expulse et que les prix remontent. Non mais sans déc, moi aussi je sais comment on devient riche dans cette société pourrie !
Allez, je suis calmée, maintenant... Je vous souhaite de bons voisins... 
Commentaires
1. Le mardi 14 février 2006 à 16:45, par dunja
2. Le mardi 14 février 2006 à 19:47, par Mariesg
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