Vrac

Juste quelques réflexions en vrac sur ce contrat contre lequel je suis en grève aujourd'hui (comme ça, je donne le ton, et vous ne pouvez pas dire que ma position sur le sujet manque de clarté...).
D'ailleurs, à vrai dire, mes réflexions vont être relativement limitées : que dire sur un contrat de ce type, qui méprise et humilie les jeunes ? Parce que moi, je ne vois pas autre chose dans ce type de contrat. Et je ne vois pas du tout en quoi il va relancer l'économie ou diminuer le chômage. Au mieux, il va permettre à des entreprises de s'enrichir sur le dos de pauvres employés qui ne pourront que fermer leur gueule. Au pire, ça ne changera rien du tout.
Bref, me voilà bien optimiste...

En réalité, je suis surtout très pessimiste sur la suite qui sera donnée à cette loi. Parce qu'après le CPE, qu'est-ce qu'on va faire passer comme texte ? Quelle catégorie va-t-on attaquer ?
C'est la porte ouverte à un tas d'abus, je trouve ! On va finir par se retrouver dans un pays sans garanties où on pourra arriver le matin au boulot pour apprendre qu'on est viré. Youpie !
Et je ne crois vraiment pas que je suis en train d'en rajouter...
Mais ce qui me fait le plus mal au coeur, c'est de penser que ceux qui sont au chômage préfèreraient encore un CPE plutôt que pas de travail... Et je trouve ça dégueulasse de la part du gouvernement de jouer là-dessus. C'est vraiment une forme malsaine d'exploitation de la misère des gens... C'est immonde !

Bon, en fait j'écrivais aussi ce billet pour avoir l'avis de personnes bossant dans le privé à des postes suffisamment importants pour qu'ils s'y connaissent un peu en gestion du personnel. Histoire de connaître leur point de vue sur la question. Ah, et puis si des gens de droite pouvaient m'expliquer en quoi exactement ce CPE va révolutionner le visage de la société française, évidemment, je suis preneuse. Ben oui, j'ai bien envie de me cultiver (et de rigoler un peu - oups, de pleurer ?).
Non, sérieusement, je suis prête à mettre de l'eau dans mon vin, mais qu'on m'explique, parce que je ne trouve pas un seul argument en faveur de ce contrat de merde.
Et j'accepte évidemment que des gens pleins de bon sens et d'humanité viennent soutenir mon point de vue ici (c'est pas mesquin, ça ? J'en ai presque honte... OK, je le retirerai si quelqu'un m'apporte de quoi changer d'avis, promis !).

Les jeunes

Sinon, je voulais compléter ce petit vrac avec une réflexion de lycéens d'Arras en lutte contre le CPE (issus des lycées suivants : Carnot, Gambetta, Robespierre, Guy Mollet, Savary, Jules Ferry, Le Caron, Lycée Agricole). Parce que j'ai trouvé leur texte très complet et accessible.
Donc le voilà - je coupe la fin qui est un appel à la grève de mardi 28 mars - donc trop tard...

Lettre à nos parents
Chère Maman, cher Papa,
Depuis quelques semaines, avec un grand nombre de mes copains et de mes copines, mais aussi avec d'autres jeunes des autres lycées, je demande le retrait du CPE. Au début, je ne savais pas très bien ce qu'était le CPE mais maintenant je suis sûr-e que ce contrat première embauche va me nuire pendant des années.
Sur nos pancartes, il est inscrit « jetable », savez vous qu'un employeur aura la possibilité de me licencier à n'importe quel moment, par une simple lettre et sans explication à fournir ?
Sur nos pancartes, il est inscrit « exploitable ». Comment me sera-t-il possible de refuser, de dire Non, de réclamer ou de simplement parler franchement, puisque la porte sera toujours entrouverte pour me mettre dehors ? Il me sera impossible de demander une augmentation de salaire, ou des améliorations de mes conditions de travail. Il me sera impossible de revendiquer ou de signer la moindre pétition, c'est terrible.
Toi Maman et toi Papa, dans ton entreprise, tu es considéré-e. Moi avec un CPE, je serai pendant deux ans voire plus, absent-e des effectifs. Je n'aurai pas le droit de vote pour les élections professionnelles ni pour les Prud'hommes. Pire, si je travaille dans une entreprise avec un comité d'entreprise, mon salaire ne sera pas inclus dans le calcul de la masse salariale. C'est-à-dire que je vais là encore pénaliser les autres salariés.
Avec le CPE, le licenciement ne donne pas droit à une indemnité basée sur un pourcentage du salaire pendant les six premiers mois. Avec le CPE quand on est licencié, on touche d'abord une prime de 8% des salaires perçus (CDD 10%) et 480 EUR pendant deux mois puis plus rien, et encore, il faut quatre mois de présence. Et entre deux CPE, la période ne peut être inférieure à 2 mois.
Dans ce cas, vous comprendrez que je serai encore à la maison pendant quelques années, et j'espère que vous accepterez de m'accueillir même si cela n'était pas prévu. De même si je veux acheter une voiture, il faudra que vous vous portiez caution et que vous acceptiez de payer les traites du crédit si je suis licencié-e même si le motif est intolérable et «bidon». Pourtant, les fins de mois sont difficiles et les factures de plus en plus lourdes.
Le CPE est un des articles d'une Loi, c'est la Loi Borloo sur l'égalité des chances. Drôle de nom pour une Loi qui divise et qui rend les salariés-es jeunes inégaux face aux autres, les plus de 27 ans et 11 mois. Dans cette Loi, d'autres articles : le contrat emploi senior qui est un CPE mais pour ceux de 56 à 59 ans. Il y a aussi le retour du travail des enfants à 14 ans dans l'apprentissage et pire encore le retour de la possibilité de travailler de nuit à partir de l'âge de 15 ans. Et plein d'autres mesures menaçantes sont dans cette Loi.
Ma chère maman, mon cher Papa, la situation est grave. Avec la mise en place de cette Loi, c'est tout le Droit du et au Travail qui est remis en cause. Ils ont commencé par la jeunesse, mais la suite rapide sera la remise en cause de tout le Code du Travail et des Statuts. C'est la remise en cause de votre CDI.
La lutte que je mène aujourd'hui, c'est pour toi maman et pour toi papa, et peut-être que vous ne le saviez pas. La jeunesse a montré l'exemple de son courage et de sa détermination, pourquoi pas vous ?
Voilà, vous savez tout. Alors, Maman, Papa, je compte sur vous pour m'aider et me sauver des griffes de l'injustice sociale anti-jeune. Et même si sur ordre, les proviseurs envoient des lettres, si les professeurs principaux menacent par téléphone, sachez que nous ne sommes pas paresseux-ses, mais que nous sommes en lutte pour notre avenir, alors que le leur est bien assuré et qu'ils n'ont rien à perdre d'autre que leur dignité.
Votre enfant qui vous embrasse très fort.

Ca me prend aux tripes, ce texte. C'est très impressionnant de voir que ces enfants (à 15 ans, on est un enfant, désolée) réfléchissent ainsi à la politique et à l'avenir de la société.
Et je n'en reviens pas que ces jeunes CPE-istes n'aient même pas le droit de vote, n'existent pas dans la masse salariale (et donc dans le droit aux formations, je suppose)... C'est vraiment une honte !
J'ai l'impression que ce gouvernement est totalement autiste et qu'il attend une guerre civile pour se réveiller (parce que s'il pense que ça, ça va calmer les jeunes des banlieues, il se met le doigt dans l'oeil !).
Quand je pense à tous les mouvements sociaux qui ont été déclenchés durant ce quinquénat, je n'en reviens pas qu'il n'y ait toujours pas plus de dialogue : toute la fonction publique en 2003, les intermittants du spectacle, les étudiants, les lycéens, le privé... C'est n'importe quoi... Et ça se croit intouchable à cause de ses 82% du deuxième tour ? ! ? ?
A mon avis, ils sont surtout en train de se griller pour les prochaines élections, et c'est bien fait pour eux !
Bref...

La surprise du chef

Je l'ai gardée pour la fin, parce qu'elle est trop mignonne...
Carine, ma collègue de CP, a intercepté des messages qu'écrivaient deux de ses élèves (des tous ptits bouts d'chous de 6 ans). Vous allez voir, ça fait chaud au coeur de savoir qu'on peut être engagé dans la lutte à cet âge-là... (Bon, ou être traumatisés par le lavage de cerveau précoce, mais à la limite, toute notre éducation n'est qu'un grand lavage de cerveau tant qu'on est petits : on fait éponge...).
Bref, voilà leurs slogans (je vous passe l'orthographe défaillante et purement phonétique, ce serait un peu illisible...).

CPE, ça nous énerve !
On ne veut plus du CPE : c'est archi nul. Vous vous taisez : c'est archi nul !
Taisez-vous, ceux du CPE, vous êtes bêtes.
On veut plus du CPE.
On veut vraiment enlever le CPE.
Adieu le CPE.
Allez, au revoir, le CPE !
Fait par les jeunes.

C'est pas trop craquant, ça ???