Salutaire immigration
Par Marie Becker,
mercredi 20 septembre 2006 à 01:03 :: Société
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Thèmes : idéaux, international, politique, révolte, solidarité
Parce que partout ailleurs que chez nous, on s'accorde à dire que l'immigration relance l'économie...
J'ai lu ça dans le Courrier International il y a une quinzaine de jours (ce qui fait que cela n'est plus accessible gratuitement sur le net, je suis désolée d'avoir tant tardé...).
Des Espagnols aux Anglais, tout le monde se réjouit de la richesse produite par les immigrés. Ils travaillent, payent des impôts, consomment, font des enfants et payent nos retraites. Que demande le peuple ?
C'est assez étonnant de lire ce type de discours dans un pays où on entend du matin au soir que les étrangers doivent retourner chez eux de gré ou de force et qu'il faut se limiter à des gens triés sur le volet (notre si belle "immigration choisie").
A côté de ça, je vois que le Royaume Uni en appelle à toutes les bonnes volontés et à toutes les immigrations. Il faut ouvrir les frontières pour créer plus de richesses !
Alors, je me pose une question :
La France est-elle complètement réactionnaire et raciste ? Il y a de ça, je pense qu'il ne faut pas se voiler la face.
Mais peut-être aussi que notre système n'est pas tellement adapté pour "éponger" proprement ces arrivées massives d'étrangers. Et là, je vais choquer la gauche (donc mon camp) et me faire un peu l'avocat du diable, mais je pense que c'est nécessaire et honnête : le problème des étrangers en France n'est-il pas en grande partie due à un dysfonctionnement de notre code du travail ? Si l'embauche d'un étranger coûte trop, l'entreprise sera heureuse de ne pas faire appel à lui. Du coup, le voilà parmi les gens qui vivent des allocations et qui coûtent au lieu de rapporter au pays.
Je ne sais pas quels sont les chiffres en France. Je ne sais pas quelle richesse est créée par les étrangers en France. Mais c'est sûr qu'avec un système dérégulé, sans protection sociale et sans aide aux plus fragiles, on ne risque pas d'être gênés pour employer des étrangers à n'importe quoi dans des conditions honteuses... De là à dire qu'il faudrait que la France suive le modèle anglo-saxon, il y a une distance énorme à franchir - et je ne la franchirai pas. Mais il y a là sûrement matière à réfléchir...
Parce qu'en somme, moi, je suis partante pour que des étrangers viennent chez nous. Ils ne me gênent pas et je trouve agréable de rencontrer des gens de cultures différentes.
Ce qui me gêne, en réalité, c'est que la plupart de ces personnes soient ici pour accomplir un rêve qu'elles ne réaliseront jamais parce que notre pays n'est pas aussi merveilleux que ce qu'elles pouvaient croire avant d'arriver. Alors je crois qu'il y a un grand travail à accomplir dans ce domaine : changer l'image que les gens ont de la France, pour que la réalité soit plus proche de ce qu'ils imaginent et pour que les immigrés ne viennent que par choix réel et pas en fonction de fantasmes déconnectés de la réalité.
Par ailleurs, et quoi qu'il en coûte, si l'on souhaite réduire les arrivées d'étrangers, il faut donner à ces gens les chances d'être heureux dans leur propre pays. Alors oui, cela implique des aides financières (mais vu le coût de la vie dans ces pays-là, ne peut-on penser que la somme des aides qu'ils reçoivent chez nous ajoutée au prix des retours forcés en avion et aux salaires des fonctionnaires chargés de cette triste besogne, ne peut-on penser que cela ne nous coûterait rien de plus que ce que nous dépensons actuellement pour eux ? Cela me semble possible sinon probable). Cela implique aussi un changement général des mentalités : qu'on arrête de vendre des armes à ces pays-là, qu'on arrête de soutenir des gouvernements moralement insoutenables, qu'on soit un peu courageux et qu'on cesse de penser en termes de profit personnel !
Il ne faudrait pas oublier que la plupart des personnes qui atterrissent chez nous sans papiers sont des personnes qui n'ont plus rien à perdre. Quand on est prêt à tenter le voyage dans la soute ou le train d'atterrissage d'un avion, quand on est prêt à marcher des jours et des jours dans le désert quitte à y perdre la vie, quand on est prêt à mourir pour arriver en France, n'est-ce pas le signe qu'on fuit l'intolérable, l'insupportable et l'invivable ? Tout abandonner avec si peu de chances de s'en sortir vivant, c'est un acte de désespoir si grand qu'on ne peut qu'accueillir ces gens et pleurer avec eux. (Accessoirement, pour les cathos qui me lisent, il existe un texte des évèques de France qui appelle à la désobéissance civique et nous demande de soutenir les sans-papiers - je peux fournir les références ou le texte à qui le souhaite).
En somme, je crois qu'il ne faut pas oublier que derrière ces nombres incroyablement élevés de l'immigration, ne se cachent que des cas particuliers et désespérés. Alors, en tant qu'humains, tendons-leur la main et ouvrons-leur l'accès à notre pays. La richesse qu'ils créeront si on leur en donne les moyens (par exemple si on ne fait pas tout pour qu'ils ne puissent bosser qu'au noir) sera le début de notre réussite. Et le plaisir de leur humanité retrouvée sera notre paix intérieure...
Et vive l'immigration !
Commentaires
1. Le mercredi 20 septembre 2006 à 08:22, par moala
2. Le jeudi 21 septembre 2006 à 00:41, par Mariesg
3. Le vendredi 22 septembre 2006 à 17:27, par dunja
4. Le vendredi 22 septembre 2006 à 22:00, par Mariesg
5. Le lundi 25 septembre 2006 à 11:05, par dunja
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