Moyen-Orient
Par Marie Becker,
dimanche 15 octobre 2006 à 23:36 :: Ailleurs
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Thèmes : environnement, Etat, idéaux, international, police-armée, politique, révolte, solidarité
Quelques réflexions en vrac et maladroites sur le Liban, Israël, la Palestine et toute la tristesse incommensurable qui va avec...
Que dire exactement à ce sujet - à ces sujets ? Il y a tant de choses qui se passent dans cette région depuis tellement d'année sans qu'on réagisse autrement que par quelques cris de temps en temps...
En fait, j'aimerais beaucoup que les deux personnes que je connais qui sont allées là-bas pour un vrai temps de rencontre commentent un peu cet article pour le rendre plus concret. Pour dire leur vécu. Pour témoigner que je ne mens pas. Pour nous aider à espérer (je n'oublie pas tes mots, JB : "de quel droit désespérerions-nous alors qu'eux espèrent encore ?").
Alors, en vrac...
1. Le Hammas
Ben, oui, c'est un parti estrémiste. Oui, c'est réprouvable. Mais oui aussi, c'est compréhensible. Quand on n'en peut plus de notre situation, qu'est-ce qu'on fait ? En France, on est loin de la situation palestinienne, et on a bien un vote le-péniste énorme. Alors que se passerait-il si on était à bout ?
Ca ne veut évidemment pas dire que je trouve bien qu'on mette des bombes et qu'on tue des civils, qu'on soit bien d'accord... Mais bon, je crois que si on décide de leur couper les vivres, on ne fera qu'empirer la situation. C'est certain que ce choix politique est complexe. Soutenir un régime extrémiste, c'est le cautionner, quelque part. Mais ne pas le soutenir, c'est le nourrir d'un sentiment d'abandon et de révolte qui le servira encore plus. Je crois qu'il faut passer par des négociations subtiles... Dur dur...
Je vais aussi sûrement choquer. Et beaucoup. Même si ça n'est pas mon but. Mais juste parce que c'est ma conviction profonde. Durant la seconde guerre mondiale, les résistants ont été traités de terroristes parce qu'ils posaient des bombes et n'écoutaient pas le gouvernement en place (élu démocratiquement !). A cause d'eux, des infrastructures ont été détruites, des Hommes ont été fusillés, des innocents sont morts. Et finalement, ce sont des héros, car ils ont sauvé leur pays, notre pays, la France, de l'envahisseur. Ce qu'ils ont fait était très courageux et je pense qu'il sont aussi gardé des séquelles et un remord très fort des morts qu'ils ont causées. Mais combien de vies sauvées en échange ?
En quoi est-ce que les Palestiniens qui se font sauter diffèrent de nos résistants ?
Je pose juste la question. J'attends bien entendu des réponses de votre part. Pas pour qu'on se dispute. Non, pour vraiment échanger sur cette question, dans un vrai coeur à coeur confiant.
2. Le Hezbollah
Voilà encore un parti extrémiste. Avec une histoire qui rend son évolution compréhensible. Excusable, je ne pense pas. Lorsque je suis allée au Liban (Pâques 2002, je pense), Yannick m'a emmenée à une "kermesse" du Hezbollah. C'était terrifiant. Il y avait des photos d'hommes éventrés, pour montrer à quel point les Juifs sont des méchants. Et puis des enfants d'à peine 3 ou 4 ans avaient des épées en bois et apprenaient à pourfendre les drapeaux israélien et américain en crachant dessus. C'était écoeurant. Surtout que ces gens-là n'ont même pas l'excuse de vivre au jour le jour les humiliations des extrémistes israéliens.
Mais il ne faut pas faire comme si on avait découvert les agissements du Hezbollah cet été, de façon inattendue. Ca fait des années qu'il oeuvre dans la plus grande tranquillité au Liban et que personne ne bouge ses fesses - probablement parce que tout le monde y trouve son compte.
Alors cette guerre, cet été, elle avait un côté "plaqué" qui me rend vraiment triste. Et puis, tout le monde s'est focalisé sur ces pauvres Israéliens qui souffrent tellement par la faute des mauvais Arabes... Et puis, bon, moi ça me fait de la peine que les médias soient idiots à ce point-là et ne soient pas capables de dire autre chose que ce que le peuple attend d'eux : une information prémachée et inepte.
Je ne suis pas claire, excusez-moi, je me reprends... Je veux dire que c'est très triste ce qui est arrivé à ces deux Israéliens qui ont été tués par les tirs du Hezbollah. Je veux dire que rien ne rachètera jamais leur mort. C'est injuste, c'est douloureux, c'est terrible pour leurs proches, c'est injustifiable, c'est honteux, c'est plein de choses de ce genre. Mais combien y a-t-il de morts partout dans le monde dont on en parle jamais et qu'on ne pleure pas ? Pourquoi ces deux morts justifient-elles l'entrée en guerre d'Israël alors que des centaines de morts palestiniennes ne justifient pas, à nos yeux, l'élection du Hammas ?
Je ne me fais pas l'avocate du diable... Je vais ici me permettre de citer Gidéon Lévy, un journaliste israélien très engagé. Malheureusement, j'ai pioché ça dans un article du Monde qui n'est plus accessible en ligne. Cela dit, vous pouvez le trouver en archive, il s'intitule "Gidéon Lévy : une épine dans le flanc d'Israël", article daté du 4 septembre 2006. Je vous en cite un tout petit morceau, pour vous donner le ton :
En cinq ans, les tirs palestiniens ont fait deux morts à Sdérot. Il y en a eu près de 3 000 à Gaza.
Je pense que cela se passe de commentaires...
3. Des voix qu'on entend peu...
D'une part ce fameux Gidéon Lévy qui dénonce les actes barbares commis par les extrémistes israéliens :
Je ne peux pas supporter que tant d'actes inqualifiables soient commis en mon nom.
D'autre part Amira Haas, journaliste elle aussi, israélienne elle aussi, travaillant pour le quotidien Haaretz elle aussi. Comme quoi il y a des Israéliens qui sont entrés en résistance, et ça c'est très important... Parce que, si les extrémistes sont peu nombreux, se taire, c'est laisser faire... Comme sous Vichy, la collaboration passive...
Et là, je vous laisse l'article (du 30 août 2006, traduit par Michel Ghys) dans son intégralité :
En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété.
Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de "Tu nous as élu parmi toutes les nations". Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants.
Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs.
Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ?
Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication "nous ne savions pas" ? Nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau.
Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers, que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4 millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde.
Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner en file des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heure après heure, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35 ans ou moins : yalla, retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem,il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement.
Le site de Machsom Watch est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris.
En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.
C'est très dur, comme article, et ça dit des choses qui font mal... Comment l'être humain en est-il arrivé là ?
Mais il faut garder espoir, n'est-ce pas ?
Commentaires
1. Le lundi 16 octobre 2006 à 09:02, par moala
2. Le mardi 17 octobre 2006 à 00:02, par Marie
3. Le mardi 17 octobre 2006 à 09:15, par moala
4. Le mardi 17 octobre 2006 à 18:58, par dunja
5. Le vendredi 27 octobre 2006 à 23:22, par Mariesg
6. Le mercredi 1 novembre 2006 à 17:14, par JB
7. Le jeudi 2 novembre 2006 à 14:01, par dunja
8. Le jeudi 2 novembre 2006 à 23:26, par Mariesg
9. Le vendredi 3 novembre 2006 à 12:03, par dunja
10. Le vendredi 3 novembre 2006 à 13:21, par Mariesg
11. Le mercredi 31 janvier 2007 à 16:18, par Mariesg
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