A vrai dire, j'aurais dû intituler ce billet Journal d'un remplaçant puisque les (rares) réflexions que je vais vous livrer me sont inspirées par cette bédé (indiquée par Adrien - mârchi) qui retrace une année de la vie professionnelle d'un remplaçant. C'est vraiment une très chouette bédé, alors allez la lire quand vous aurez un peu de temps devant vous.

Quelques petits commentaires sur cette bédé, donc... En lien avec mon titre d'article...

D'abord, je tenais à dire que ce que raconte ce remplaçant est vrai. Tous ceux qui ont eu des classes le savent. Même si nous n'avons pas tous eu l'occasion de travailler dans ce genre d'institution spéacialisée, nous en avaons tous entendu parler, nous en avons tous peur (même si certains d'entre nous souhaiteraient y bosser) et nous connaissons tous des élèves qui relèvent de ce type de structure (IR, EREA et autres joyeusetés en ce genre). Nous n'en avons pas forcément eu dans nos classes, mais nous en avons croisé au cours de notre carrière, plus ou moins violents, plus ou moins en échec scolaire, plus ou moins abîmés par la vie...
Bref, un prof comprend ce qu'il y a comme difficultés derrière l'expérience de ce remplaçant. Avec toutes les remises en cause qui accompagnent l'échec pédagogique. Etre face à un enfant rétif, qui ne progresse pas, c'est très frustrant, très déstabilisant, ça fait mal, on ne sait plus ce qu'on doit faire, on se dit qu'on n'est pas fait pour ce métier, c'est vraiment une expérience douloureuse, et je suis sûre que tous les profs ont vécu cette expérience au moins une fois dans leur vie.

Je voulais ajouter que ce remplaçant a fait du très beau et très bon boulot. Qu'il aurait pu s'arrêter comme beaucoup d'autres et qu'il a tenu le coup, qu'il a dû être comme un petit miracle pour ces élèves. Je l'admire.
Souvent, on met sur ce type de poste des gens qui n'ont rien demandé. Des débutants même pas formés (les PE0, ou listes complémentaires), de jeunes titulaires, des gens qui n'ont pas d'expérience dans l'enseignement spécialisé... Des gens qui se cassent la gueule, en somme (pas toujours, mais trop souvent). Qu'on dégoûte de ce métier et qu'on détruit pas mal - sans compter les enfants... Mais bon, ce sont aussi souvent des gens motivés qui font tout leur possible avec le peu d'outils qu'ils ont. Tiens, ça me révolte (encore un truc à ajouter à ma liste...).

Une des raisons pour lesquelles personne ne veut ce type de poste, c'est - bien entendu - la difficulté de gestion des classes. Mais je crois que, plus fondamentalement, c'est le sentiment d'être seul. Abandonné par la hiérarchie. Avec personne pour répondre, pour aider, pour construire.
A mes yeux, c'est une des choses les plus difficiles à vivre : cette immense responsabilité qu'on est seul à porter. Beaucoup de beaux discours, mais si peu de bonnes volontés pour nous aider à faire les bons choix : établir un programme pédagogique, orienter les enfants... En tout cas, moi, j'ai beaucoup souffert de cette solitude durant mes premières années, avec des élèves un peu hors-normes (les non-francophones, donc, pour ceux qui ne me suivent pas régulièrement) dont je ne savais pas trop bien m'occuper. Maintenant, ça va mieux. Il y a l'expérience, et puis aussi une équipe qui fonctionne mieux qu'avant. Mais on est souvent si seuls... Si seuls 6 heures par jour avec notre pédagogie qu'on se fabrique tant bien que mal... Et encore ! Moi, j'ai eu la chance de rencontrer une extraordinaire conseillère pédagogique qui m'a réellement et concrètement conseillée.
Bref, je le dis mal, mais c'est ce que cette bédé a réveillé en moi. L'immense solitude de ce métier. Surtout en cas de coup dur. Le pendant de cette immense responsabilité qu'on a envers les enfants - aussi bien légalement (pénalement, même) que moralement (c'est pire !).

Et, histoire d'en revenir au titre de mon billet, je voulais dire du bien des psychologues scolaires et appeler tous ceux que ça intéresserait à occuper ce type de poste...
Les psychologues scolaires sont indispensables dans les écoles. Le problème étant qu'elles sont souvent inexistantes (beaucoup de postes non pourvus faute de volontaires) et que, quand elles sont là, elles sont à cheval sur tellement d'écoles que ça ne suffit pas à gérer tous nos élèves en difficultés. (ou "ils", d'ailleurs, mais je n'ai rencontré que des femmes dans ce métier-là).
Elles ne suivent pas les enfants comme le ferait un psychologue extérieur, elles n'en ont pas le temps. Mais elles sont là pour nous aider à trouver de meilleures solutions pour les enfants en difficultés. Et là, elles sont très utiles. Sans compter le bien que cela fait de pouvoir confier ses détresses d'enseignant à quelqu'un qui nous écoute sans nous juger. Et là, je pense que, réellement, on devrait avoir plus de temps institutionnels en équipe pour parler des enfants qui nous perturbent et avec lesquels on ne sait plus quoi faire, des enfants qui souffrent, de leurs souffrances qu'on se prend en pleine poire et qu'on a du mal à gérer... Bref, avoir des temps collectifs coatchés par des psys. Comme dans plein d'autres institutions. Pour décompresser. Et pour mieux travailler.
Et, pour ce qui est des enfants, je tiens à rappeler ici que, sans bilan psychologique complet, aucun enfant ne peut être orienté dans une filière spécialisée. Et cela vaut aussi bien pour les enfants handicapés que pour ceux qui présentent des troubles du comportement ou de l'attention ou toute autre particularité...
En bref, sans psy, pas d'orientation. Ce qui signifie que ces élèves en grande difficultés se retrouvent en classe banale, au milieu de 30 autres enfants qui, eux, sont prêts à apprendre... Les psys sont essentiels. Nous avons eu une année entière sans psy, à l'école, c'était terrible. Alors, vivent les psys !!!!
Et puis, sans rire cette fois-ci, même si la situation n'est pas aussi extrême en classe banale que dans la classe de ce remplaçant, c'est parfois très dur. Et vraiment, j'ai reconnu trop d'enfants dans ceux qui sont dessinés dans la bédé. Pas totalement, par bribes. Le genre de comportements qui font pêter un câble à tout le monde, à commencer par le prof. Mais dont on sait (dès qu'on arrive à prendre un peu de recul) qu'ils ne font que traduire la souffrance immense de ces petiots...

Bref, j'ai dit pas mal de choses, un peu trop en vrac à mon goût, mais bon... Je me tais. Mais vraiment, vraiment, lisez le Journal d'un remplaçant : il vaut sacrément le coup !