Evidemment, vu l'endroit d'où émane ce projet, vous vous doutez forcément de mon opinion sur le sujet (remarquez, c'est peut-être la première et dernière fois que je suis d'accord avec Fabius sur un sujet...)... Et bien, figurez-vous que, pour une fois, bon, OK, vous avez encore raison... Mais bon, ce n'est pas si simple que ça, et si j'aborde le sujet, c'est qu'honnêtement je me pose la question...

Enfin, avant de commencer à poser mes questions peut-être idiotes, j'explique aux non-initiés qui ont peut-être entendu parler de ça sans avoir la moindre idée de ce dont il s'agit... Non, parce que moi, la première fois que j'ai entendu parler de carte scolaire, j'ai cru que c'était l'équivalent d'une carte d'étudiant... Ben quoi, y'a pas de honte à pas savoir... Et comment savoir si on n'a pas d'enfants ou d'amis profs ?
Alors, en peu de mots, la carte scolaire correspond à l'affectation des enfants dans les écoles en focntion de leur lieu de résidence. Oui car, dans les établissements publics, on ne choisit pas où on est scolarisé, cela nous est imposé en fonction de notre secteur d'habitation (sauf dérogations - assez rares cependant).
C'est un petit résumé de la situation. Cliquez sur le lien que je vous offre (de bon coeur) pour en savoir plus sur la carte scolaire.

Le projet de loi proposé par le gouvernement actuel, c'est d'aménager cette carte scolaire : laisser le choix de leur lycée aux collégiens de ZEP ayant obtenu une mention très bien au brevet. Ce projet est dénoncé comme insuffisant par Monsieur Sarko qui propose carrément de supprimer la carte scolaire : les établissements seraient alors libres de recruter les étudiants (écoliers, collégiens ou lycéens) de leur choix. (Je ne suis pas totalement au courant, mais l'idée est d'ouvrir vers le haut tout en ne fermant rien par le bas : je pense qu'un établissement ne peut pas refuser un enfant de son secteur, la scolarisation étant obligatoire ; en revanche, il doit pouvoir accepter qui il veut).
Bon, en dehors du fait que c'est assez ingérable au niveau des postes, je ne suis pas sûre que l'idée soit bonne - je crois même pouvoir affirmer sans me tromper qu'elle me révolte.

Dans l'esprit, je ne suis pas contre. C'est bien que des enfants de milieux défavorisés puissent étudier avec des enfants plus favorisés. Là, on est d'accord.
Maintenant, j'ai bien peur que tout ceci ne soit qu'une vaste hypocrisie (consciente ou non) et ne serve qu'à justifier une encore plus grande ghettoïsation - parce que si on fait quitter la ZEP aux meilleurs élèves, que restera-t-il au fin fond des banlieues défavorisées ? Uniquement de mauvais élèves ?
Personnellement, si j'accepte de comprendre le point de vue de parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants, je suis globalement pour la mixité sociale. Et sous couvert de mixité, j'ai bien peur que cette loi ne fasse que renforcer les inégalités. Parce que ceux qui déserteront les écoles de quartiers, ce seront surtout les enfants favorisés qui souhaiteront aller dans des établissements encore plus favorisés ou cotés... Et les établissements prestigieux seront de plus en plus prestigieux, tandis que les établissements mal considérés seront de plus en plus mal considérés.
Et accessoirement, pour rassurer ceux qui veulent se donner bonne conscience pour légaliser ce qu'ils font en fraude : il sera toujours possible de gruger en donnant comme adresse administrative celle de la grand-mère ou d'un pote.

En fait, j'écris ça, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un doute... Je ne sais pas combien d'enfants de ZEP peuvent être concernés par la mesure. Je ne sais pas si, comme je le crains, ils seront montrés du doigt et désignés comme des parias (parce que différents, venant d'un autre monde, parlant autrement, n'étant pas habillés des mêmes marques...). Bref, je ne me rends pas compte si, réellement, cette discrimination positive peut être un atout pour les enfants ou si elle ne sera qu'un frein et une excuse pour encore plus enfermer.
Peut-être que je fais une analyse totalement erronée de la situation. Peut-être que c'est génial comme idée. Je ne sais pas...
Les seules choses que je vois c'est que les prépas qui recrutent au mérite recrutent fort peu d'enfants de ZEP et que ça ressemble fort à une manigance pour rattraper les "bourgeois" (excusez-moi ce mot qui est assez inapproprié, en fait, mais je ne trouve pas mieux à cette heure-ci) qui fuient vers le privé pour ne pas être confrontés à cette mixité sociale qui les dérange.

Bref, voilà où j'en suis, grosso modo de mes questionnements. Je suis probablement très influencée par le côté politique de l'histoire - quoique la gauche ne fasse pas grand chose pour se démarquer de la droite à ce sujet - sauf Fabius, mais bon, on n'est pas potes tous les deux... Le problème étant que je voudrais justement sortir de ce débat politique pour m'intéresser essentiellement au bien-être réel des enfants.
Donc si vous avez quoi que ce soit à me conseiller comme article, débat, idée ou réflexion, je suis preneuse : élevez mon âme au-dessus de toutes ces basses considérations purement politicardes !
Merci à vous de votre aide... :)

En tout cas, quand je lis cet article, je me dois de répondre que les enfants de quartiers défavorisés (en ZEP ou REP) ont la chance d'avoir des effectifs allégés (et non surchargés) et des moyens supplémentaires : assistants d'aducation, réseau d'aide aux enfants en difficultés plus développé, moyens financiers plus élevés aussi... Bref, on a mis en oeuvre des politiques qui visent à aider ces enfants.
En revanche, il est vrai que dans ces écoles, le plus souvent, on trouve des enseignants débutants (parfois même pas formés du tout, recrutés sur liste complémentaire), jeunes, inexpérimentés... Pourquoi ? Parce que, quand on est vieux dans le métier, on a des points supplémentaires et donc la priorité vers les postes plus demandés car plus reposants... Cela se comprend aussi et personne ne trouverait normal au bout de 15 ans d'ancienneté dans une boîte de régresser à un poste plus difficile.
Maintenant, je crois honnêtement (j'insiste une fois de plus là-dessus, ce n'est vraiment pas - pour une fois - pour casser du sucre sur le dos des politiques) que la question de la carte scolaire ne résoudrait pas ces problèmes - elle les accroîtrait d'ailleurs plutôt - à mon avis.
Je suis la première à dire qu'il faut faire quelque chose pour ces ZEP, pour éviter les équipes instables où tout le monde ne reste qu'un an et où personnne n'est formé. Tout le monde, des enfants aux profs eux-mêmes, aurait intérêt à ce que ça se passe autrement. Mais comment faire ? Je ne pense pas que la carte scolaire y change grand chose. Moi, j'aborderais le problème autrement en essayant de rendre ces postes plus attrayants. Comment ? Je ne sais pas, peut-être en augmentant la prime de ZEP (actuellement autour de 90€ bruts par mois, ce n'est pas terriblement encourageant). Peut-être en accroissant les temps de concertation (libérer les enfants tous les samedis pour permettre plus de travail en équipe ?). Peut-être en proposant un accompagnement individuel aux enseignants qui font ce boulot. Peut-être en offrant des annuités aux profs qui resteraient plusieurs années consécutives dans un même poste de ZEP (1 annuité pour 5 ans ? Comme on gagnait auparavant des annuités pour les enfants quon faisait ?). Peut-être en obligeant chaque enseignant à enseigner en ZEP 3 ou 5 ans dans sa carrière, au moment où il le souhaite. Peut-être en assurant une formation supplémentaire de son choix à l'enseignant qui prend une classe dans un quartier réputé difficile ? Peut-être en abaissant le temps de service obligatoire pour les enseignants de ZEP. Peut-être bêtement en revoyant la sectiorisation afin de mélanger plus les catégories sociales.
Bref, je ne sais pas exactement, tous ces "peut-être" sont des propositions qui me semblent intéressantes et qui pourraient mobiliser des gens. Peut-être...
Mais, en tout cas, ce problème me paraît essentiel. Et ce que je veux dire c'est qu'il faut chercher à être constructif. Réfléchir aux raisons de la désaffection des profs pour ces postes et aux façons d'y remédier... Voilà des idées. Il en existe sûrement plein d'autres. Et ça me paraît plus raisonnable que l'abandon de la carte scolaire.
Mais bon, je me trompe peut-être et je suis prête à accepter les critiques.
Alors allez-y ! Profitez de mon blog pour construire un monde meilleur et plus équitable ! :)

NB. Vous me croyez si je vous promets que j'ai essayé de faire court ?
NB2. Marrant comme je vous parle souvent d'école ces temps-ci... Et encore, c'est loin d'être terminé...