Délit de faciès
Par Marie Becker,
vendredi 8 décembre 2006 à 21:26 :: Philo-psycho
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Thèmes : banlieue, culture(s), environnement, idéaux, psycho, santé, solidarité, échange(s)
En réponse à ce délit de faciès de Boulet. Parce qu'on en a tous dans nos vies...
Par exemple, le mien, celui auquel je pense très souvent parce qu'il a (un peu) changé ma vie, il date de l'année où j'ai eu mon accident de voiture - 2002, donc.
C'était fin août ou début septembre. J'étais dans le RER C. Et j'ai dû le raconter à la moitié de la terre, non ? Peut-être même déjà dans ce blog, si ça se trouve (ah oui, parce qu'en plus, je perds la mémoire et je radote, ça fout les boules...).
Bref, j'avais hyper mal au dos, les transports étaient particulièrement éprouvants, et les transports en commun encore plus que la voiture particulière (que je n'avais plus, soit dit en passant, vu qu'elle m'avait quittée pour aller finir sa vie à la casse). Je portais ma belle minerve bleu marine autour du cou. J'avais mal (ah, je l'ai déjà dit ? C'est que je radote et que je perds la mémoire, ah, je vous jure ! ). Un vrai mal de chien. Je me sentais hyper vulnérable. Comme jamais. Moi, la super forte capable de tout endurer sans ciller, eh ben j'étais vraiment pas fraîche ni prête à endurer quoi que ce soit. Mais bon, il fallait absolument que je me rende je ne sais plus où, et c'était en RER C. Pas de doute là-dessus.
Je suppose que je bouquinais tranquillement dans mon coin - encore que... Si je me souviens bien, à l'époque des faits, porter un livre était pour moi quasiment impossible tellement ça me massacrait les épaules et les cervicales (eh oui, c'est lourd, un livre). Donc peut-être que je ne faisais que rêver.
Toujours est-il que, comme tout le monde, je les ai entendus arriver. Qui ça ? Mais les djeuns ! Un groupe de petits gars de la cité qui faisaient les cons dans le RER. Ils écoutaient de la musique à fond, ils rigolaient bêtement avec des voix fortes, ils dérangeaient tout le monde, se la ramenaient et tout le monde faisait dans son froc. Normal, quoi. Ils se baladaient d'un bout à l'autre de la rame en cherchant Dieu sait quoi et en matant tout le monde.
C'est marrant, je n'ai jamais eu peur de me faire tirer mon sac, mais là, j'ai commencé à flipper comme jamais. Je me suis dit que s'ils s'approchaient de moi, ils verraient tout de suite à quel point j'étais vulnérable - la minerve ne trompe personne. Et que s'ils prenaient mon sac, je n'aurais même pas le courage de me lever pour essayer de leur courir après. Je n'avais plus aucune force physique. Ni morale, d'ailleurs.
J'aime ma banlieue, je l'ai choisie par idéal social et politique, mais d'un coup d'un seul, j'ai regretté mon choix en me disant qu'après tout, avec mes conneries de mixité sociale, j'avais bien cherhcé ce qui allait m'arriver dans les minutes à venir.
Et qui n'a effectivement pas manqué de se produire puisque les jeunes en question, racailles des cités d'origines diverses et colorées, se sont plantés devant moi et ont commencé à me dévisager. Je n'en menais pas large, je dois dire. Je m'agrippais à mon sac tout en faisant mine de ne rien remarquer. Et là, il y en a un qui a pris la parole.
Hein, quoi, quelqu'un me parle ? Tiens, il y avait donc quelqu'un devant moi ? Je prends un air étonné et poli. Super crédible, je dois dire...
Le mec me dit : "Oh làlà, ma pauvre, qu'est-ce que vous devez souffrir !". Et tous de s'y mettre : "Mais qu'est-ce qui vous est arrivé ? " "Et vous avez très mal ?" "Vous prenez des médicaments ?" "Et la nuit, vous arrivez à dormir ? Vous pouvez vous mettre sur le ventre ou que sur le dos ? Avec un oreiller spécial ?" "Vraiment vous avez pas de chance !"
Et au bout d'un moment, ils se barrent et le "chef" de la bande me dit : "On va beaucoup penser à vous. Vraiment,bon courage Madame".
Je vous le jure, c'est comme ça que ça s'est passé.
J'avais les larmes aux yeux devant tant de gentillesse - c'étaient les premiers à me témoigner de l'attention, parce que dans les transports, même les petits bourgeois bien sous tout rapport, ils ne se rendent jamais compte que tu as une minerve quand ils ont envie de s'asseoir ou quand ils te rentrent dedans parce qu'ils sont à la bourre.
Et puis j'ai culpabilisé aussi d'avoir pensé que c'étaient des bandits juste parce qu'ils étaient en groupe, bruyants et un peu inciviques...
Mais bon, maintenant, chaque fois que je sens le préjugé pointer le bout de son nez, je repense à eux, et ça m'illumine. Quelque part, ils m'ont rendue moins moche à l'intérieur ! 
Ce qui ne m'empêche pas d'être prudente quand même aussi des fois. Mais bon...
Bref, je crois que c'est important qu'on partage nos expériences sur ce sujet du délit de faciès ou du préjugé, parce qu'on se rendra compte que tout n'est pas aussi caricatural et laid que ce qu'on nous laisse croire (même si on le sait, on a besoin de le vivre).
Et puis on se sent toujours un peu seul et un peu honteux face à ces pensées-là, alors je suis heureuse que Boulet ait fait ce pas de vérité pour nous. Merci à lui.
Allez, tous à vos claviers pour un partage de bonheurs secrets...
Commentaires
1. Le mardi 12 décembre 2006 à 16:25, par Estelle
2. Le jeudi 14 décembre 2006 à 00:47, par Mariesg
3. Le samedi 6 janvier 2007 à 14:44, par Th.
4. Le samedi 6 janvier 2007 à 14:46, par Th.
5. Le samedi 6 janvier 2007 à 22:32, par Mariesg
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