Swan Lake
Par Marie Becker,
mercredi 13 décembre 2006 à 23:37 :: Coups de coeur
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Thèmes : culture(s), danse, musique
Le lac des cygnes de Tchaïkovsky revu et corrigé par Matthew Bourne.
Un spectacle superbe !
Bon, à vrai dire, on a vu la dernière représentation parisienne avec Alain dimanche, mais rien ne dit qu'il ne passera pas bientôt près de chez vous. Et si c'est le cas, courez mes amis, courez ! Allez-y, vous ne le regretterez pas !
En réalité, je n'y connais pas grand chose aux ballets classiques. Je crois que cela peut être très beau, mais aussi passablement ennuyeux. Les belles demoiselles en tutus à volants, c'est parfois un peu... chiant ? (oui, j'ai osé !).
Bref, je m'inquiétais vaguement de ce que la scène nous proposerait. C'est tellement connu, le lac des cygnes...
Eh bien figurez-vous que ça ne ressemble pas du tout à ce qu'on en attend ! Et c'est tant mieux...
Je ne veux pas ici dévoiler toute l'intrigue, mais je peux quand même révéler que toute l'histoire oscille entre rire et drame. Avec une fiancée hilarante style vulgaire poufiasse à gros rire idiot. Avec une parodie des ballets traditionnels à mourir de rire. Mais avec à côté de ça une intensité dans la rencontre entre le prince et les cygnes... C'est renversant !
Allez, je vends un tout petit peu la mèche. Dans cette interprétation, tous les cygnes sont des hommes. Cela corse un peu la teneur des relations et sentiments entre les personnages.
En tout cas, l'ensemble est très original (on a quand même, sur la musique de Tchaïkovsky, des moments de salsa ou de flamenco, il fallait oser). Quant à la fin, elle est tout simplement sublime. D'une force réellement chair-de-poulante !
Bref, vous l'aurez compris, c'est encore un de mes coups de coeur de ces temps-ci. Il y en a un paquet, je ne peux pas tous vous les livrer, mais celui-là portait en lui sa nécessité...
Et pour le prochain billet, je vais essayer de me remettre à la politique pour varier un peu les plaisirs que je vous donne ! 
Bon, cela dit, je vais profiter de ce billet danseur pour vous parler de Béjart... Oui, parce qu'il va bientôt y avoir une série de soirées Béjart-le best-of à Paris (en février, si je ne m'abuse). Et c'est aussi de la belle danse. Et j'avais aussi voulu en parler en juin quand on avait vu son ballet à l'opéra, mais je n'avais pas eu le temps et voilà, comme ça redevient d'actualité, j'en touche un ("petit") mot...
Juste pour dire que j'accroche pas trop au ballet classique, et que son Boléro (de Ravel) m'a bien déçue - c'était long et répétitif - comme la musique, en fait... Mais qu'on a eu un truc génial (qui ne sera malheureusement probablement pas dans le best-of). C'était, pour ceux qui connaissent, sur la musique des Variations pour une porte et un soupir de Pierre Henry. C'était extraordinaire ! Mais tellement détonnant que la moitié (un quart ?) de la salle a hué les danseurs. Hallucinant !
Je détaille... Comme l'indique le nom de cette oeuvre, il s'agit d'une musique que peu de gens qualifieraient de musique. C'est-à-dire qu'on n'a pas affaire à un orchestre avec des instruments classiques, mais bien à des bruits - dont des grincements de portes assez "grinçants". Je ne pourrais d'ailleurs pas dire que j'aime ce type de musique ou que j'écouterais ça pour me détendre avec un grand plaisir. Mais l'intensité dramatique du truc était impressionnante. Et, à vrai dire, je suppose que si les gens ont hué, ce n'est pas à cause de l'interprétation ou du travail des danseurs, mais bien plutôt à cause de l'étrangeté de cette musique et de son côté révolutionnaire (même si cela a déjà 40 ans, beaucoup de gens n'ont jamais écouté ce type d'oeuvres - qui est, il faut bien le dire, dérangeant). Et je pense qu'en majorité, le public était composé de personnes assez classiques venues voir de la danse classique.
Bref bref bref... A l'originalité de la musique s'ajoutait un choix original de danse (enfin, c'est peut-être composé ainsi, je ne sais pas...). Sur le mur étaient affichés les titres des différentes variations de Pierre Henry, chacune étant accompagnée d'indications du type "1" ou "3+6" ou encore "2+5, 1+3, 7" etc. Sept danseurs étaient sur scène (en fait, si je me souviens bien, 3 hommes et 4 femmes, mais cela pourrait être différent). Ils tiraient au sort chacun un numéro. Et ils dansaient quand leur numéro apparaissait dans la variation, seuls ou accompagnés selon le cas. Dans mes exemples, on a le 1 tout seul. Puis le couple 3-6. Puis, dansant simultanément sur scène, les couples 2-5, 1-3 et 7 qui est seul. Et, vous l'avez compris, les couples peuvent être mixtes mais pas forcément. Bref, tout le monde ne danse pas dans chaque variation, et tout le monde ne danse pas le même rôle chaque soir. Vu le tirage au sort, on a plus de 5000 combinaisons possibles pour le dispatchage des danseurs quand ils piochent leur numéro. Ce doit être assez amusant pour eux.
Mais ce n'est pas tout. En plus de changer de numéro tous les soirs, ils n'ont pas un rôle défini à remplir : ils improvisent sur scène. Chaque représentation est donc doublement unique (même si je me doute bien qu'on reprend sûrement certains éléments d'un jour à l'autre, selon ce qui a marché ou non). Mais bon, en gros, c'est quand même à chaque fois différent (et très différent), et je pense que cela doit être exaltant pour les danseurs de pouvoir improviser, faire ce qu'ils souhaitent au moment où ils le souhaitent - mais quand même pas n'importe comment, puisqu'ils sont plusieurs sur scène... Bref, une improvisiation guidée (avec certainement en plus des instructions sur le message et les émotions qu'ils doivent faire passer) qui se fait à l'écoute de ses désirs et aussi à l'écoute des partenaires. En tant que musicienne, je ressens tout à fait ce frisson d'excitation ou d'exaltation qui doit accompagner chacune de ces représentations.
En tout cas, je ne les ai pas hués mais fortement acclamés. Ils nous ont offert un spectacle sublime (et c'était seulement la cinquième représentation de Pierre Henry qu'ils faisaient - nous en avons presque eu la primeur !). J'ai encore en mémoire la variation dont j'ai oublié le nom où les grincements de porte évoquent la guerre et les tirs de mitraillette. C'était vraiment prenant ! La musique comme la danse donnaient une impression d'imminence de fin du monde qui formait comme une boule dans mon estomac.
Bref, j'ai beaucoup aimé, vous l'avez compris. Donc si ça passe près de chez vous, allez-y aussi.
Voilà, c'était ma soirée danse. Il n'y en aura sans doute pas d'autre avant longtemps. Alors pour ceux qui aiment, profitez-en ! 
Commentaires
1. Le jeudi 14 décembre 2006 à 02:32, par Alain Saint-Etienne
2. Le jeudi 14 décembre 2006 à 22:41, par Mariesg
3. Le vendredi 15 décembre 2006 à 11:01, par dunja
4. Le vendredi 15 décembre 2006 à 21:56, par Mariesg
5. Le vendredi 2 février 2007 à 12:53, par Estelle
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