N'empêche...
N'empêche, c'est agréable, ce beau temps pendant une saison où, normalement, on se pèle. C'est agréable de ne pas se prendre une pluie froide et mouillée sur la figure à chaque fois qu'on sort. C'est agréable de se croire en avril quand on se lève, que le soleil brille et qu'une petite brise printanière nous caresse le visage - j'ai presque cru être à la montagne, ce matin... C'est même tellement agréable que, cette année, je sais pas vous, mais moi, j'ai eu la sensation que les journées étaient moins courtes que les années précédentes - c'est pour dire ! :)

Le problème, c'est qu'il y a aussi des choses moins agréables... Comme, par exemple, ces avis de tempête qu'on a de plus en plus régulièrement. Parce que, en dehors de la fameuse tempête de 1999, moi, je n'avais jamais eu de vraie tempête dans ma vie. Et là, je trouve qu'on a de plus en plus souvent des alertes rouges (ou "seulement" orange) dans tout un tas de départements. A tel point que, pour la première fois de ma vie (c'est-à-dire autant de ma carrière d'enseignante actuelle que de ma précédente vie d'écolière ou d'étudiante), j'ai vécu cette année deux graves avis de tempête.
Et par "graves" j'entends : avec alerte officielle du préfet interdisant les enfants de sortir dans la cour de l'école. Pas de récré, pas de sport, pas de sorties scolaires. Juste enfermés dans la classe toute la journée (avec à la clef une belle excitation !).
Un ordre finalement clairement justifié puisqu'on a ensuite appris que ces tempêtes avaient eu leurs morts...

Je ne sais pas vous, mais pour moi, ce genre d'événement possède un avant-goût de fin du monde...
C'est peut-être un peu abusif comme expression mais, en ce qui me concerne, c'est indéniable ! Alors, peut-être que j'exagère ou peut-être que, l'âge aidant, je deviens plus sensible à ce type de phénomène, mais ça me fait quelque chose dans le ventre, là, voir figure 3.
Bien entendu, je n'ai pas l'impression que la fin du monde est imminente, je ne suis pas débile à ce point. Mais je sens une sorte d'ambiance de quelque chose de définitivement terminé, de fin d'ère, de changement tel que plus rien ne sera plus jamais comme avant.
Oh là là, je me fais peur... Et je n'arrive pas trop à exprimer mes impressions... Bon, j'essaye quand même...

Franchement, je pense que personne ne peut raisonnablement nier qu'on vit une période de profondes mutations climatiques... Le réchauffement de la planète, tout le monde sait qu'il existe. Et d'ailleurs, le GIEC a été obligé de l'admettre. De plus en plus d'Etats sont prêts à agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. A part les Etats-Unis et quelques autres, tout le monde est sensibilisé au problème. Même un paquet de pays pauvres qui ont pourtant des priorités plus urgentes à très court terme.
Et puis, que cela soit ou non lié à ce réchauffement climatique (et ça l'est très probablement), on constate aussi qu'il y a de plus en plus de catastrophes naturelles et climatiques, en nombre et en ampleur - tsunamis, tempêtes, tornades, ouragans... se comptent à la pelle.
Enfin bref, moi je revois ces premières pages mythiques de Tintin avec ce bonhomme qui annonce la fin du monde dans l'étoile mystérieuse. Non pas que je pense qu'il y ait une telle urgence et que la fin de notre monde soit si proche que cela, mais c'est cette ambiance de "tout change", notre vie va tellement se modifier que rien ne sera plus comme avant...
Pour ceux qui ne l'avaient pas lu à l'époque, je vous conseille d'aller lire mon billet sur le réchauffement climatique, qui donne quelques pistes de réflexion sur la question (autopub !). En gros, il y est dit (et expliqué) que de profondes mutations vont avoir lieu et que le monde entier sera touché. Alors, en ce qui concerne l'Europe occidentale, cela entraînera a priori essentiellement des problèmes matériels, d'infrastructures notamment. Mais pour tous les pays situés quelque part pas trop loin des tropiques, cela sera plus que catastrophique. On prévoit des millions de morts - je crois même des milliards. Exodes en masse, famines, maladies... Bref, tout un tas de trucs bien sympathiques...
En gros, même si on survit à ce changement climatique, même si on s'adapte, même si on fait notre maximum pour que ses conséquences soient les plus légères possibles, on ne vivra plus jamais de la même façon... Ca fait bizarre de se dire ça...

En tout cas, je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait quelque chose de me dire que je suis ne train de vivre une période historique. Mais pas historique au sens de notre histoire humaine - parce que ça, c'est déjà fait : on a vécu les années Mitterrand, on a vécu la naissance d'internet, on a vécu l'élargissement de l'Union Européenne, on a vécu avril 2002... Enfin, on sait bien qu'on vit des événements historiques.
Mais là, il s'agit, je pense, d'une période historique ou même méta-historique, si je puis me permettre le néologisme, à l'échelle de la planète. Un changement d'ère, peut-être. Quelque chose d'aussi important que la première glaciation, si ça se trouve. Je ne sais pas vraiment. Mais quelque chose d'aussi important que cet événement qui, il y a plusieurs milliers d'années, a détruit la majorité de la population humaine pour ne laisser que quelques Hommes sur notre Terre - les scientifiques semblent hésiter entre quelques centaines et quelques milliers, mais bon, relativement peu en tout cas.
Bref, je ne pense pas qu'on se retrouve si peu nombreux que ça, en fin de compte, surtout que, par rapport à ces Hommes préhistoriques, on a deux avantages :
1. On sait ce qui va nous arriver, donc on peut anticiper.
2. On maîtrise suffisamment de technologies pour être capables de se protéger d'un tas de phénomènes...

Mais voilà, je me demandais si vous aussi vous ressentez cette transition qu'on est en train de vivre comme quelque chose de très important à l'échelle planétaire ou si je me fais mon petit film toute seule dans mon coin (petit film qui, étonnamment, ne me déprime pas, mais m'incite à agir plus citoyennement qu'avant et me rend "meilleure").
Et puis je ne peux pas m'empêcher de penser à ces Hommes d'avant qui ont vécu un si énorme changement que tant ont disparu définitivement. Que s'est-il passé exactement ? J'ai entendu parler d'un changement climatique brusque, d'une immense éruption volcanique, d'un virus gravissime, et de tout un tas d'autres phénomènes. Mais quant à savoir lequel a réellement été à l'origine de ces disparitions brutales, mystère et boule de gomme...
N'empêche, je me demande... Ces gens-là avaient-ils pressenti ce changement énorme qui allait s'abattre sur eux ? Avaient-ils peur ? Ont-ils essayé d'entreprendre quelque chose pour changer le cours des choses ? Ou bien est-ce que ça les a pris par surprise ?
Bien sûr, tout dépend de ce qui s'est passé. Mais ces gens vivaient (par nécessité) dans une telle communion avec la nature, ils avaient une telle connaissance et une telle intuition de leur environnement, que cela me paraît impossible qu'ils n'aient rien vu venir. Parce que nous, même si on tient une bonne partie de nos informations des médias, on sent aussi des choses. Et il suffit d'être un peu à l'écoute du climat et de cet hiver qui n'en est pas un pour sentir qu'il se passe des choses étranges en ce moment. Alors eux qui étaient si "naturels", ils ont forcément dû sentir arriver le bouleversement qui les a décimés. Et alors, qu'ont-ils ressenti face à leur impuissance ?
Oui, je sais bien que ces questions n'avancent à rien. Je n'aurai probablement jamais de réponse à tout cela (après ma mort ?). Mais ça me met dans tous mes états. Probablement parce que c'est dans ces questions et ces ressentis forts que je me trouve dans toute mon humanité, en communion avec toute l'humanité de tous les temps. Et ça me trouble profondément. Peut-être même plus que le réchauffement climatique en lui-même, qui ne s'adresse qu'à mon intellect, alors que ce vent de fin d'ère (comme je me plais à l'appeler) fait tressaillir mes entrailles quand je me trouve intérieurement face à ces questions intrinsèquement humaines - des questions étonnamment pas du tout intellectuelles mais réellement physiques !

Bon, désolée, j'ai encore plombé votre journée (non ?). En tout cas, ça m'a fait plaisir de le faire et d'être de nouveau prolixe (ça me manquait...). ;) Parce que j'avais envie de vous dire à quel point, malgré les apparences, je suis humaine ! ;)
Allez, bon réchauffement climatique à tous, et rendez-vous quelque part après, pour la réponse à toutes ces questions... Peut-être.