Quelques chiffres
Par Marie Becker,
dimanche 27 mai 2007 à 00:36 :: Société
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Thèmes : environnement, Etat, idéaux, international, politique, révolte, santé, solidarité, échange(s)
Pour compléter ce billet que j'avais écrit à propos de l'accès à l'eau et de la guerre en Irak.
Ces chiffres, je ne les avais pas quand j'ai écrit mon article. Maintenant que je les ai trouvés, je vous en fais part, parce que c'est du plus haut intérêt. Et c'est a priori fiable, étant donné qu'il s'agit de chiffres officiels des Nations Unies. En tout cas, bien plus précis et plus fiable que la référence que je vous avais donnée il y a quelques semaines...
Et je vais comparer avec des trucs incomparables, mais je vous expliquerai ensuite pourquoi, et ça prendra sens... Je précise : à chaque fois, mes chiffres correspondent à des données annuelles, pas à quelque chose de définitif.
Pour satisfaire tous les problèmes sanitaires et nutritionnels du monde, il suffirait (annuellement, donc) de dépenser 13 milliards de dollars. Ca vous paraît beaucoup ? Les dépenses annuelles européennes et états-uniennes en aliments pour animaux correspondent à 17 milliards de dollars. Oups !
L'accès à l'eau et l'assainissement des eaux pour l'ensemble de la planète, c'est seulement 9 milliards de dollars. En Europe, on mange chaque année pour 11 milliards de dollars de crème glacée. Je continue ?
Pour mettre en place une offre mondiale de soins gynécologiques et obstétriques, il suffirait de 12 milliards de dollars. L'équivalent de la consommation européano-états-unienne de parfums.
Quelques autres chiffres, plus polémiques : la publicité dans le monde coûte annuellement 500 milliards de dollars, les stupéfiants rapportent (ou coûtent) 500 milliards de dollars, et l'armement (pas la guerre entière !) 1 000 milliards de dollars.
Bon, ce sont des chiffres, mis les uns derrière les autres et sans analyse des problèmes de société que cela cache. Qu'on soit bien d'accord, je ne vous demande pas de ne plus manger de glaces, ça ne réglerait pas les problèmes du monde. C'est juste que cette disproportion est hallucinante. Pas étonnante, on le sait tous déjà plus ou moins. Mais proprement écoeurante. Parce qu'à un certain niveau, il s'agit de choix sociétaux. Vient-on en aide aux plus pauvres, ou continue-t-on à dire qu'on n'en a pas les moyens ?
En tout cas, ce que j'ai trouvé intéressant dans l'article où j'ai trouvé ces chiffres (publié dans Partie Prenante qui est une très bonne revue), c'est ce qu'en tirait l'auteur.
Il mettait l'accent sur le fait que ceux qui souffrent de malnutrition, manque d'eau ou manque de soins, ces gens-là sont dans une logique de survie quotidienne. Nous, nous le savons, nous sommes dans la vie. Avec certes des problèmes, mais rarement vitaux (même si notre société possède ses laissés pour compte, elle en prend un peu soin tout de même). Bref, puisque nous n'avons pas besoin de lutter pour survivre, nous luttons pour être. Etre bien, être heureux, être quelqu'un, être amoureux, être ce qu'on souhaite être... Peu importe quelle forme d'être, mais c'est de l'être. Et d'ailleurs, malgré la richesse relative de nos sociétés, on trouve beaucoup de mal-être autour de nous (suffit de voir le nombre de personnes qui se droguent, prennent des anti-dépresseurs ou des anxiolitiques, recherchent des sensations fortes, se biturent régulièrement...). Beaucoup de mal-être, donc.
Et que sont ces chiffres de comparaison que je vous donne ? Les animaux domestiques, les glaces, la drogue, les armes, la publicité ? Des moyens de se remonter le moral, de se sentir fort plutôt que menacé, bref, une façon détournée d'obtenir un certain bien-être. Mais un bien-être qui passe par la consommation et l'avoir.
Du coup, ça n'est pas si facile que ça... Un peu comme si on ne pouvait pas à la fois payer pour la survie de tout le monde sans réduire le bien-être intérieur de certains...
En gros, et je ne sais pas si ça peut servir de conclusion ou si j'approfondis assez : il y a des sociétés qui sont remplies de misère et des sociétés remplies de malaises. C'est les boules, non ?
N'empêche, il suffirait de pas grand chose pour qu'on réussisse à venir en aide aux pays émergents... 4-5 dollars par an de la part de ceux qui ont de quoi vivre, si ça se trouve, ça suffirait à éradiquer la misère.
Et puis les trois plus grandes richesses du monde (qui à elles seules équivalent au PIB des 49 pays les plus pauvres - ça tue !), si ça se trouve, elles pourraient donner un peu plus... (je dis ça sans jugement, parce que si ça se trouve ces gens-là sont hyper généreux, je n'en sais rien).
Bref, je ne sais pas pourquoi (quoique...), mais ces chiffres me dépriment très profondément. Sur l'avenir du monde et sur le présent de toutes nos sociétés...
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