Arbres
Par Marie Becker,
dimanche 7 octobre 2007 à 22:38 :: Hallucinant
:: #169
:: rss
Thèmes : animaux, environnement, international, nature
Et bien, puisque j'en parlais là, j'ai revu le DVD Arbres, et j'ai plein de trucs impressionnants à vous (ré)apprendre - ou : le retour de Tata Marie...
D'abord et pour commencer par une parenthèse (soyons fous !), un arbre, c'est carrément hallucinant, et je ne devrais même pas avoir à en écrire plus pour que tout le monde soit béat d'admiration... Mais bon, je ne résiste pas au plaisir de développer (oui, sans compter que me limiter à des titres, ce serait assez chiant, au fond...).
Généralités hallucinantes
On côtoie des arbres tous les jours, et je crois qu'on oublie souvent d'en prendre la mesure. Parce que bon, même moi qui pourtant suis archi-fan des arbres, j'ai du mal à me représenter la chose...
D'abord, on ne se rend pas compte qu'un arbre est un miracle permanent. Sans blagues !...
Imaginez quelqu'un qui essayerait d'agrandir une pierre en injectant de la pierre dedans. Qu'est-ce qui se passerait (en plus de votre fou rire) ? Ben, ça ne marcherait pas.
Eh bien, les arbres, leur tronc est dur - bon, certes, pas tout à fait autant que la pierre (encore que, selon la pierre et selon l'arbre, mais bref...). Et comment grossissent-ils ? Par l'intérieur. En injectant du bois au milieu de leur tronc. Quand on coupe un arbre, on peut compter les années en comptant les cercles dans le bois. Or on sait que le cercle le plus jeune est celui du milieu. Donc, l'arbre réussit à injecter de la matière dure dans de la matière dure, et ça marche. Délire, non ? Moi, je trouve ça fascinant. Et pourtant, j'avais beau savoir cela, je ne l'avais jamais vraiment mis en relation en essayant de me représenter le fonctionnement du truc. Et maintenant que je le sais, j'en reste baba...
Et attendez, je ne vous ai pas tout dit, concernant cette injection de matière dure dans de la matière dure. Vous savez à partir de quoi il la fabrique, sa matière dure ? A partir de CO2, bien sûr ! C'est-à-dire à partir d'un gaz, quand même... (Je sais que je ne vous apprends rien, mais je suis sûre que vous n'aviez jamais considéré la chose sous cet angle !).
Ensuite, l'autre truc hallucinant des arbres, c'est leurs "surfaces d'échanges". Echanges gazeux, échanges liquides, absorption, respiration, transpiration...
Nous, en gros, en mettant bout à bout toutes nos surfaces d'échanges, on arrive à quelque chose comme 2 ou 3 m². Ce qui est déjà pas mal, en fait.
Un arbre, en comptant les racines, les feuilles, le tronc et tout ce qui peut servir aux échanges, on arrive à un total d'environ 150 à 250 hectares. Je traduis (pour les nuls en maths qui, comme moi, ne retiennent jamais combien mesure un hectare) : cela fait grosso modo 1,5 à 2 millions de m². Gloups... C'est inimaginable !... Et encore, je parle là de l'arbre moyen de par chez nous, pas du séquoia géant ou des arbres luxuriants des forêts tropicales. Non, juste un platane devant une école...
Moi, je dis : "Respect". Franchement, je ne regarderai plus jamais un arbre de la même façon... Je n'en reviens toujours pas...
Autre truc inconcevable (et pourtant vrai) : un arbre est virtuellement immortel. Alors, pour nous, pauvres mortels, difficile à comprendre. En fait, cela ne signifie pas que l'arbre ne peut pas mourir. Cela signifie juste que, de lui-même, il ne meurt pas. Il faut toujours l'intervention d'un élément extérieur pour que l'arbre meure : abattu par l'homme, touché par la foudre, agressé par un parasite, brûlé par le feu, affalé par le vent... Il y a toujours quelque chose qui le tue. Si ces éléments extérieurs n'intervenaient pas, l'arbre ne mourrait jamais. Nous, éléments extérieurs ou pas, notre organisme s'use jusqu'à s'éteindre (mourir de vieillesse...).
Alors, c'est vrai qu'on parle de la durée de vie moyenne des arbres... Mais en fait, c'est parce qu'avec l'âge, les arbres deviennent plus sensibles aux parasites (moins résistants aux maladies, si vous voulez), mais chaque espèce à son rythme. Ce qui fait qu'on peut déterminer l'espérance de vie moyenne d'une espèce d'arbres, en fonction de cette fragilité qui leur est particulière. N'empêche, fragilité ou pas, il faut toujours l'intervention de ces parasites pour les tuer. Sans parasites, aussi fragiles soient-ils, ils ne mourraient pas. Leur coeur ne lâche jamais...
Aussi inconcevable que de s'imaginer planté quelque part pour toute sa vie...
En fait, je pense que c'est dû à la gestion du temps (si on peu parler de gestion, ce qui impliquerait un dessein, et donc une pensée créatrice ou une nature pensante...). Les arbres vivent selon des cycles naturels : je nais au printemps, je donne des fleurs, puis des fruits, puis je m'endors doucement dans l'hiver... Et tout recommence l'année suivante. J'ai grandi, mais la vie recommence. Et elle recommence. Eternellement. Sauf si un événement extérieur surgit et me détruit. Tout le contraire de l'humain qui ne sait pas profiter des saisons pour se ressourcer et se renouveler. Chaque saison qui passe est une saison de moins à vivre. Chaque nouvelle année est un pas de plus vers la mort. Pas de cycles, pas de retour possible. (C'est gai, ce que je raconte, moi...).
Enfin, dernier truc hallucinant des arbres, ils possèdent des aisselles foliaires. C'est par là qu'ils chopent le CO2. Mais bref, c'est juste le terme qui me fait marrer ; il fallait que je vous le ressorte...
Les arbres timides
Le terme est officiel, je précise, il n'est pas de moi...
Ces arbres sont appelés "timides" parce qu'ils ne s'approchent pas de leurs congénères. Enfin, ce n'est pas tout à fait ça : ils peuvent tout à fait pousser en forêts, mais leurs feuillages ne se touchent jamais. Quel que soit leur nombre, quelles que soient leurs formes, quels que soient les nouveaux-venus, leurs feuillages ne s'entremêlent pas. Ils laissent 30 cm entre leurs feuilles et celles de leur voisin. Ils peuvent continuer à pousser et à grandir vers le haut, mais ils ne s'étaleront jamais si le feuillage d'un de leurs congénères est à 30 cm du leur.
Si vous voulez visualiser le truc cliquez sur ce lien. C'est vraiment amusant à voir...
Mais en fait, ça n'est pas que marrant. C'est aussi complètement mystérieux et un peu effrayant, quand on y pense. Car cela signifie que l'arbre a "conscience" de la présence des autres. Il sait qu'ils sont là, près de lui. Et il sait quand ils n'y sont plus...
Qui aurait pensé ça ? A priori on dirait que ce n'est pas là de la conscience au sens humain du terme (cela dit, on n'en sait rien). Il ne s'agit pas là de réflexion ou de pensée. Mais bon, cela implique quand même que l'arbre communique. Il peut lancer des messages, et il peut en recevoir. Et ça, c'est pas banal. Parce que, franchement, je n'aurais jamais imaginé ça avant de voir ce film (que je vous conseille, bien entendu, pour ceux qui n'auraient pas encore saisi le sens de mon message). On ne sait pas très bien comment il communique, d'ailleurs, dans ce cas précis, mais on suppose qu'il doit y avoir des échanges gazeux au niveau des feuilles. C'est vrai qu'on les imagine mal d'envoyer des signaux auditifs ("si je grince trois fois, ça veut dire que tu dois t'arrêter de pousser dans ma direction !").
Et à propos de communication végétale, la suite est aussi très impressionnante !
L'acacia toxique
Petite parenthèse : je trouve que les acacias sont des arbres superbes ! Tenez, contemplez !
Deuxième parenthèse, parce que je ne résiste pas au plaisir de vous narrer une anecdote. Quand les blancs sont arrivés en Afrique, ils ont appelé l'acacia "arbre à fièvre". Ils avaient en fait constaté que, quand ils s'arrêtaient sous un acacia, les hommes étaient pris de fièvres terribles dans les jours qui suivaient, et que beaucoup en mouraient. Ils ont donc tout naturellement pensé que c'était cet arbre qui devait excréter un truc toxique pour l'Homme. Quant à savoir quoi exactement, et comment ça marchait, là, silence. Mais bon, c'était une observation empirique. Et bien, en fait, ils avaient tort. On peut s'asseoir à l'ombre d'un acacia sans danger... Mais... (il en fallait un) : c'est vrai que l'acacia n'y était pas pour rien dans ces fortes fièvres. Bon, je ne vais pas faire durer le suspense. Tout bêtement, les moustiques apprécient particulièrement les acacias (mais ça, je ne sais pas à quoi c'est dû) et les hommes qui installaient leur camp au pied de ces arbres à fièvre chopaient tout simplement le palu... Je conclurais bien par "amusant, non ?" si le problème du palu n'était pas si crucial dans le monde...
Mais bref, pour en revenir à la communication des arbres, l'acacia est tout simplement hallucinant !
C'est un arbre que les herbivores affectionnent et qu'ils peuvent manger sans danger malgré une petite toxicité des feuilles (mais pas dangereuse a priori). Sauf que : cet arbre tient à la vie (j'adore humaniser mes arbres ou mes animaux pour qu'on imagine bien la scène ! Bref, anti-scientifique au possible... Hum.). Bref, disais-je, cet arbre a besoin de vivre, de se reproduire... Et du coup, il doit se préserver. Parce que si un herbivore lui mange toutes ses feuilles, il n'a plus de capteurs solaires, et donc il finit par mourir (ou il perd un an avant le cycle suivant).
Du coup, l'acacia a appris à se défendre contre les intrus : tant qu'on ne lui mange que quelques feuilles, il accepte de participer à la grande chaîne de la vie. Mais quand il s'estime en danger parce qu'on lui a mangé trop de feuilles, il se rebelle. Il se met à émettre une substance toxique. Il l'entrepose dans ses feuilles et il devient toxique. Les feuilles prennent un goût immonde qui fait fuir les prédateurs (pas fous !). Et si jamais le prédateur continue à brouter cet acacia-là (entêtement, rien d'autre ailleurs, le goût peu développé, invalide, menotté à cet arbre...), la toxicité est telle que l'animal meurt avant d'avoir brouté toutes les feuilles de l'arbre.
Mais ce n'est pas tout (parce que bon, les stratégies d'auto-défense, ça a beau être fascinant, c'est assez courant). L'acacia, en devenant toxique, envoie des signaux à ses congénères, et les prévient du danger qui approche : "Eh, les copains, méfiez-vous, on va vous brouter la tête ! Alors défendez-vous ! Hardi les gars !". Il émet un gaz en direction des autres acacias du coin. Quand ceux-ci sentent la présence de ce gaz (comment la sentent-ils ? Mystère...), ils se savent en danger et deviennent eux aussi toxiques. Du coup, les bêtes sont obligées d'aller voir plus loin, et les acacias ont sauvé leur peau... Pas mal, comme stratégie, non ? Et deux ou trois jours plus tard, la toxicité a disparu, les animaux peuvent revenir. Je trouve ça génial !
Et les animaux, qui ne sont pas plus cons que les arbres, ils ont aussi appris. Dès qu'un acacia commence à avoir mauvais goût, ils savent que ceux d'à côté seront mauvais eux aussi, et ils partent plus loin. Mais pas dans n'importe quelle direction ! Ils partent dans le sens inverse du vent, ce qui leur permet de ne pas aller loin, car les acacias qui ne sont pas bien placés par rapport au vent, eux, n'ont pas pu sentir le signal gazeux et sont toujours délicieux ! C'est pas merveilleux, tout ça ? (Franchement, je m'émerveille de l'ingéniosité de la nature !).
Le palétuvier
Vous savez, c'est cet arbre qui donne toujours l'impression d'avoir été posé par terre et de faire les pointes sur ses racines. Déjà, rien qu'à son look, on voit que c'est un original !...
Bref, saviez-vous que cet arbre marche ? Non, non, vous ne rêvez pas ! C'est un arbre qui se déplace. Et pas que d'un poil ! Il peut bouger de plusieurs mètres par an... Bon, pour nous, ça ne paraît pas très rapide, mais pour un arbre, c'est de la randonnée de haut niveau !
Bon, alors moi, qui suis naïve, quand j'ai entendu cette information, je me suis dit bêtement : ben oui, c'est évident, il est posé par terre, ses racines sont extérieures, il suffit qu'il y ait un peu de courant dans le fleuve où il s'est planté pour que ça suffise à l'entraîner progressivement vers le large... Hum, oui, je sais, j'ai honte, je vous jure...
Bref, pas du tout. Il a des racines, cet arbre. Et ce n'est pas un élément extérieur qui le pousse ailleurs. Il se déplace vraiment de lui-même. Si, si !
En fait, à longueur de temps, une partie de son tronc meurt, pendant que le tronc se régénère de l'autre côté et décale un peu l'arbre. Du coup, à force que le tronc pousse de plus en plus toujours à l'opposé de ce qui meurt, l'arbre se retrouve planté de plus en plus loin de l'endroit où il est né. C'est pas dingue, ça ? ! ?
Conclusion
Jusque là,je croyais qu'un arbre était un être vivant plutôt amorphe (ce qui ne m'empêchait pas d'admirer sa beauté, sa persistance, sa solidité, tout, quoi !), arrimé au sol, et surtout très isolé, sans ressenti de son individuation et de la présence d'autres autour de lui. Et là, je découvre que les arbres bougent, développent des stratégies, se parlent... Bref, j'étais à côté de la plaque, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire, n'est-ce pas ?
Alors bon, voilà, j'ai changé de regard sur les arbres, et je vous invite à faire de même en passant un moment de rêve devant ce film (réservable toujours à la même adresse). Vraiment, faites-le ! C'est un pur bonheur contemplatif, et ça donne une sérénité et une pêche d'enfer !
N'oubliez pas les bonus, que j'ai trouvés passionnants ! Il y a notamment un entretien avec Francis Hallé, qui est un botaniste de grande renommée. Cet homme est incroyable ! Je n'ai jamais vu un tel passionné ! Il parle de son sujet avec une tendresse vraiment touchante. C'est mignon comme tout, on apprend plein de choses hallucinantes et fascinantes sur les arbres, et on commence presque à concevoir ce que ça a d'inconcevable.
Et puis le bonus avec les réalisateurs est génial ! Ils expliquent comment ils ont réussi à filmer des arbres - sujets anti-filmiques par excellence (verticaux, immobiles, silencieux...) et à leur donner vie à l'écran. C'est très intéressant, et ils expliquent comment ils ont pu donner du sens à leurs images, et ça permet d'analyser ce qu'on a vu et de comprendre encore de nouvelles choses sur les arbres.
Bref (et banal) : à ne rater sous aucun prétexte !
Commentaires
1. Le mardi 9 octobre 2007 à 18:24, par Estelle
2. Le mardi 9 octobre 2007 à 21:53, par moala
3. Le mardi 9 octobre 2007 à 23:19, par Mariesg
4. Le mercredi 10 octobre 2007 à 14:28, par Estelle
5. Le mercredi 10 octobre 2007 à 14:40, par Estelle
6. Le mercredi 10 octobre 2007 à 14:43, par Estelle
7. Le mercredi 10 octobre 2007 à 23:54, par Mariesg
8. Le jeudi 11 octobre 2007 à 11:09, par Estelle
9. Le jeudi 11 octobre 2007 à 21:10, par moala
10. Le lundi 15 octobre 2007 à 18:00, par dunja
11. Le mardi 16 octobre 2007 à 13:05, par Estelle
12. Le mardi 16 octobre 2007 à 23:15, par Mariesg
13. Le lundi 22 octobre 2007 à 14:22, par dunja
14. Le lundi 5 novembre 2007 à 18:55, par mariesg
15. Le mardi 6 novembre 2007 à 17:47, par Estelle
16. Le mardi 6 novembre 2007 à 21:35, par Mariesg
17. Le jeudi 15 novembre 2007 à 16:58, par Estelle
18. Le vendredi 16 novembre 2007 à 13:46, par dunja
19. Le samedi 26 janvier 2008 à 15:55, par Mariesg
Ajouter un commentaire