Régimes spéciaux
Par Marie Becker,
mardi 20 novembre 2007 à 00:07 :: Société
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Thèmes : Etat, médias, politique, révolte
Ben oui, il fallait bien que je dise mon sentiment là-dessus et sur les mouvements de grève, vous m'attendiez tous au tournant, je l'ai senti à vos longs silences...
Enfin, pour une fois, je ne vais pas vraiment prendre position pour ou contre les revendications des cheminots et des RATP-istes, je vais juste vous dire ce que tout cela m'inspire, et notamment en ce qui concerne la façon dont c'est traité dans les médias. Avec quelques petites remarques politiques, histoire de changer et de dire du bien de notre président chéri et de son gouvernement (oups, j'ai à peine écrit deux lignes qu'il n'y a plus de suspense...).
Pour commencer, un petit commentaire au sujet des "régimes spéciaux". D'abord, je dois dire que je déteste ce terme... Parce que bon, soyons honnêtes, quel régime n'est pas spécial ?
OK, là, on parle de retraites. Alors peut-être que les cheminots n'ont pas tout à fait le même régime de retraite que les autres professions. Mais en même temps, il existe plein de différences, d'avantages, de désavantages ou de différences, selon la branche, voire la boîte, où on travaille.
Petits exemples concrets. Piochons dans le public-privé, puisque les gens aiment cette opposition (accessoirement, je ne comprends toujours pas que tant de gens décrient les avantages du public alors qu'ils n'y bosseraient pour rien au monde, mais bon, passons...)
- Dans la fonction publique, les durées de cotisation correspondent aux durées réelles du travail. Ce qui n'est pas le cas dans le privé où cela dépend de la somme cotisée (en gros, un trimestre cotisé dans le privé peut - parfois, pas toujours - compter pour une annuité entière).
- Je ne sais pas exactement ce qui a changé ces dernières années, mais jusqu'à il n'y a pas longtemps, pour les mamans, chaque enfant rapportait un an de bonification chez les fonctionnaires, alors que c'était deux dans le privé. En tout cas, pour nous les profs, aucun enfant ne rapporte plus rien depuis 2004. J'espère que le privé a gardé son avantage, je trouve que c'est plus juste comme ça. C'est une façon de valoriser aussi le statut social des mères qui, par ailleurs, ont souvent du mal à évoluer aussi bien que les hommes dans leur carrière. Disons que ça contrebalance un peu cette inégalité. Mais bon, tout ça pour dire que, dans le cas des enfants, il y avait bien régimes spéciaux, mais plutôt ailleurs que ce que l'on a tendance à dire.
Voilà déjà, en deux petits exemples, de quoi montrer que les régimes sont effectivement différents.
Maintenant, je crois qu'il faut aussi prendre en compte d'autres facteurs. Dans beaucoup de métiers, en particulier bon nombre de métiers de la fonction publique, et aussi dans des métiers SNCF-RATP, une bonne partie des revenus est lié à des primes, qui - elles - ne sont pas prises en compte lors du calcul des retraites (mais il paraît que ça va peut-être changer).
Pour en revenir aux cheminots eux-mêmes, on a tendance à oublier qu'ils travaillent n'importe quel jour de la semaine, de jour comme de nuit. Ca, tout le monde le sait (mais bon, après tout, ils ont choisi leur métier...). Ce qu'on ne sait en revanche pas, c'est qu'ils ne sont pas payés en heures supplémentaires pour leurs nuits ou leurs dimanches (les infirmiers non plus, à ma connaissance).
Alors bon, il ne s'agit plus là de retraites, mais de conditions de travail, mais quand même, on peut difficilement envisager de parler d'homogénéisation des retraites sans parler d'homogénéisation du reste.
Des différences, il y en a partout. On pourra toujours en trouver, et toujours râler. Quelle différence entre la grande entreprise au CE puissant et la petite entreprise sans CE du tout, entre ceux qui bossent 35 heures et ceux qui sont à 39, entre le boulot physique et celui où on peut être assis toute la journée (ah, testeur de matelas, quel pied !) !
Bref, ce qui m'agace par dessus tout, c'est qu'on cherche sans arrêt à mettre les gens en conflit, à les opposer, à faire porter le chapeau à l'autre, celui qui abuse du système et qui le met en faillite !
Si vraiment on veut quelque chose d'équitable, il faut tout remettre à plat, en prenant en compte tous les aspects du boulot, des rémunérations et de la retraite. Et ça, on n'y arrivera jamais. Et peut-être que ça n'est pas dommage.
Pourquoi est-ce qu'on se sent tellement envieux des autres ? Pourquoi est-on en colère devant ses "avantages" et ne voit-on que ses propres dysfonctionnements ?
Il existe certes des métiers dans lesquels on a tous les avantages (c'est plutôt rare, je pense) et ceux dans lesquels on n'a que des inconvénients (genre métier physique sous-payé avec horaires impossibles et peu de protection). Mais bon, ce sont des extrêmes. Et au milieu, il y a toute la palette des situations possibles et imaginables, avec toute une palette de différences. C'est comme ça, et il faut arrêter de regarder dans l'assiette du voisin !
D'un autre côté, je comprends qu'on le fasse, parce que, tout bêtement, on est mal informés. C'est toujours le même problème : les médias veulent faire de l'audience (et c'est fort compréhensible, il faut bien vivre...) donc ils privilégient le titre-choc. Et parler des régimes spéciaux des cheminots, ça fait plus vendre que de décrire par le menu les différences de régimes en fonction des professions. Alors on se laisse aller à du grossier et à de l'à-peu-près. Mais moi, ça me met hors de moi. Parce que c'est exactement de cette façon-là qu'on attise les colères et les rancœurs. Finalement, tous ces trucs mal expliqués, ça tire les gens vers le bas et vers le mesquin. J'en suis malade.
Donc ça, c'était la première petite (!) chose que je voulais dire à propos de ces régimes spéciaux.
La deuxième touchait plus au mouvement de grève en lui-même.
Je ne vais pas rentrer dans la polémique du "faut-il effectivement réformer notre système de retraites ?", parce que ça nous mènerait très loin (sachant que l'espérance de vie a baissé de 6 mois en France depuis 2004 et qu'on a un baby-boom depuis 2000, est-il vraiment si nécessaire d'allonger la durée du travail ? Sans compter les problèmes du chômage... Blablabla, il y aurait énormément à dire, et ce n'était a priori pas le thème de ce billet).
Donc, supposons qu'il faille vraiment changer quelque chose pour éviter la faillite du système des retraites par répartitions (et mon "supposons" n'est pas une prise de parti déguisée). A ce moment-là, OK, agissons et réformons. Mais bon, soyons raisonnables ! Si on veut réellement réformer quelque chose, il faut que les personnes concernées soient actrices de cette réforme. On sait très bien que si on leur impose quelque chose et qu'elles doivent subir quelque chose qui leur tombera dessus, elles n'auront pas envie de se laisser faire. Et dans notre pays de râleurs, on sait ce que ça donne...
Pourquoi ne sommes-nous jamais capables de négocier avant la grève ? Pourquoi faut-il toujours attendre que les gens soient dans la rue pour accepter de leur parler ? Merde, on est adultes ! Si quelque chose cloche, parlez-en nous, et cherchons ensemble des solutions qui conviennent au plus grand nombre (à défaut d'unanimité...). Personnellement, si on m'expose les faits et que je comprends que soit je fais une croix sur ma retraite, soit je dois prendre les décisions qui s'imposent, ben je n'hésite pas une seconde : j'accepte le changement. Et là, on fait venir des gens qui s'y connaissent (des économistes, des sociologues, des démographes...) et puis aussi des employés et des patrons (puisqu'ils sont autant concernés les uns que les autres par les choix qu'on fera), et on cause. On voit ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas. Et au milieu de ce foisonnement d'idées (parce que je ne doute pas un instant que cette réunion de cerveaux trouvera plusieurs solutions envisageables - augmenter les cotisations, augmenter le temps de travail, encourager la natalité, faire appel à l'immigration ou toute combinaison de plusieurs des ces idées), bref, parmi tout ce qui sort, on décide ce qui est le mieux pour tout le monde, ce qui permet de résoudre la crise sans trop pénaliser les gens. Peut-être que plusieurs choix sont possibles, aussi performants les uns que les autres (en termes de coût, d'efficacité, des gêne...). Eh bien, dans ce cas, laissons choisir les personnes qui sont concernées ! C'est pourtant simple à comprendre comme démarche, non ?
Beaucoup de gens ne supportent pas la mauvaise manie des Français de se mettre en grève à tout moment. Moi, ce que je ne supporte pas, c'est la manie des dirigeants français (de droite comme de gauche) de tout décider tout seuls sans se dire que "la France d'en bas" pourrait certainement contribuer à la valeur du débat et surtout, surtout, simplifier sa mise en œuvre. Quand on a été consulté et considéré comme quelqu'un dont la parole a du poids, ça passe comme une lettre à la poste.
Conclusion : je ne sais pas si leurs revendications sont bonnes ou non, mais je soutiens les grévistes de la SNCF et de la RATP. Pour le principe. Parce qu'on se fout de leur gueule et qu'à leur place j'aurais les boules.
Je sais aussi que ça fout la merde et que ça n'est pas juste. Je compatis même si ça ne me concerne pas directement. Mais en même temps, si ça n'avait pas cet impact, personne ne les écouterait.
Voilà, c'était ma colère du soir. Et puis, je sais que les sujets polémiques suscitent des commentaires, et j'ai envie d'être lue pour me sentir aimée. Pis d'abord chuis ici chez moi, et j'fais c'que j'veux, na ! 
Ah, pis pour ceux qui ont presque une heure devant eux et qui sont passionnés par le sujet, je vous incite à aller écouter ce qui est dit sur les régimes spéciaux dans les archives de Blogspirit, c'est très intéressant (quoique un peu orienté).
Commentaires
1. Le mardi 20 novembre 2007 à 12:45, par Adrienhb
2. Le mardi 20 novembre 2007 à 23:00, par Mariesg
3. Le lundi 21 avril 2008 à 19:47, par Mariesg
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