Kafka sur le rivage
Par Marie Becker,
dimanche 9 décembre 2007 à 22:58 :: Coups de coeur
:: #176
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Thèmes : beaux-arts, bédé, cinéma, culture(s), littérature, musique
Roman de Haruki Murakami, écrivain japonais que j'ai découvert grâce à Dunja (à qui je dédicace ce billet).
Ce livre est vraiment très particulier, et je ne sais pas trop comment je vais pouvoir vous dire avec mes mots ce qu'il a éveillé en moi... Mais bon, je vais faire ce que je peux, et ça ne sera certainement ni court ni aussi beau que le sujet le mériterait.
Alors, pour commencer, je ne vais pas raconter l'intrigue, c'est un peu trop compliqué et pas réellement important - ce qui ne signifie pas que l'intrigue du bouquin est inintéressante ou inexistante. C'est juste que je trouve que c'est surtout l'atmosphère qui m'a portée durant cette lecture.
Au cours du roman, on rencontre quelques personnages (pas énormément, en fait, malgré l'épaisseur du livre), tous vraiment profonds à leur manière, et très touchants. Il leur arrive pas mal de choses, c'est parfois mouvementé, mais malgré tout, l'ensemble est extrêmement paisible, et ça fait du bien dans les vies d'agités qu'on mène. Chaque fois que j'ai ouvert le roman, je me suis trouvée plongée dans un univers parallèle, très prenant et surtout serein, avec des personnages attachants que j'avais envie de rencontrer en vrai - et que j'ai maintenant l'impression de connaître un peu, même si demeure en eux une grande part de mystère.
Ce mélange de connu et de mystère est d'ailleurs, à mes yeux, un des ingrédients principaux pour réussir un roman qui marque et qui accompagne. Le genre de livre dont on ne sort pas indemne, en fait. J'adore ces livres qu'on garde dans notre cœur longtemps après les avoir terminés. Je trouve ça doux d'être habité et de vibrer de ce qu'on a lu. Ça donne tellement de valeur aux moments passés dans la lecture... Et puis ça fait avancer, quelque part, au fond de soi.
Bref, je me sens bien de ce livre. Cette formulation n'est pas trop française, mais c'est la plus appropriée à ce que je cherche à vous dire.
Quelques mots pour préciser un peu le contenu...
Tout d'abord, il s'agit d'un roman d'initiation. Chacun des personnages est en quête de quelque chose, et chacun avance sur son chemin, à son rythme, de façon souvent imprévue. Et la vie enseigne à chacun ce qu'elle a à lui enseigner pour qu'il vive mieux, en accord avec lui-même et avec ses blessures. C'est peut-être de là que naît la sérénité ambiante. Cette façon qu'ont les personnages d'accepter ce qu'ils sont et ce qu'ils vivent, non pas de manière passive, mais en faisant activement des choix qui leur permettent de fleurir là où le hasard les a déposés. C'est très beau et très pur, en fait.
Ensuite, il y a un côté irréel qui donne parfois l'impression d'entrer dans des nuages de coton et de rêves. On ne peut pas parler de littérature fantastique, mais pourtant beaucoup de choses sont à la limite du magique, et cela rend le livre encore plus particulier et profond. Moi qui ai tendance à ne pas aimer les atmosphères fantastiques, là, j'ai tout de suite accroché. Peut-être parce qu'on se sent toujours dans la métaphore et le symbolique. Tout est présenté comme réel, mais on sait très bien qu'une grande part appartient au voyage intérieur. Un peu comme dans Tideland ou le Labyrinthe de Pan dont nous avons parlé il y a quelques temps sur ce blog. Un peu aussi comme dans les dessins animés de Myasaki, ou dans certains mangas ou encore dans les bandes-dessinées de Comès (j'ai surtout pensé à Dix de der et à Silence, que je vous recommande - surtout Silence, en fait, qui est une de mes bédés favorites). Ce mélange de rêve, de magie et de réalité, cette simplicité qui prend le dessus sur les orages de la vie... je ne sais pas comment dire ça, mais c'est quelque chose que j'apprécie vraiment, et qui me touche énormément. Et, dans Kafka sur le rivage, j'adore l'entrecroisement des destinées, la pierre de l'ouverture, l'homme qui parle avec les chats et puis tout le reste aussi.
Enfin, en plus de tout ce que j'ai déjà dit, j'aime bien le côté un peu intello du livre (je suis honnête avec vous, si vous n'aimez pas l'intellectualisme, vous risquez par moments de ne pas trop aimer le livre, même s'il est loin de se réduire à ça). On y apprend des tas de choses. Et puis j'aime beaucoup les conversations dans lesquelles les personnages partagent au sujet de leurs goûts musicaux, littéraires, cinématographiques... Il ne s'agit pas de faire de la pub pour tel ou tel artiste, juste de partager. Mais n'empêche, ça donne envie de les rencontrer ou de les relire-revoir-réécouter autrement. Pour voir si ça nous touchera de la même façon que cela touche les personnages, si on y trouvera quelque chose de nouveau. Pour savoir si, à nous aussi, ce périple d'initiation a été profitable...
Et puis, il y a aussi une poésie superbe tout au long de ces lignes. Des images et des pensées exprimées avec juste les mots qu'il faut. Parfois un peu obscurs, mais du coup toujours très vrais. Ça reste, ça revient et ça travaille, et du coup c'est vivant à l'intérieur de nous.
J'ai envie de citer un exemple, pris au hasard au milieu de beaucoup d'autres...
Mlle Saeki esquisse un sourire, qui s'attarde un moment sur ses lèvres. Il me fait penser à une eau rafraîchissante jetée en pluie sur le jardin un matin d'été, et qui aurait été recueillie dans un petit creux.
Je ne sais pas comment dire ce que m'évoquent ces quelques mots. Il y a là une douceur teinté d'intimité frémissante. C'est merveilleusement exprimé. C'est tout, il n'y a rien à ajouter.
Je suis en contemplation littéraire !
Bref, c'est beau et c'est grand.
Et probablement très japonais.
Commentaires
1. Le jeudi 13 décembre 2007 à 19:20, par dunja
2. Le jeudi 21 février 2008 à 12:28, par JB
3. Le lundi 21 avril 2008 à 20:09, par Mariesg
4. Le mercredi 30 avril 2008 à 14:39, par dunja
5. Le mercredi 30 avril 2008 à 18:08, par Mariesg
6. Le vendredi 23 mai 2008 à 14:24, par JB
7. Le dimanche 25 mai 2008 à 12:56, par JB
8. Le dimanche 25 mai 2008 à 23:21, par Mariesg
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