Je vais donc vous livrer quelques unes des réflexions contemplatives qu'a déclenché en moi ce musée Marmottan. Juste pour vous faire rêver... Parce que, y'a pas à tortiller, mais les choses belles, ça élève l'âme et fait grandir. Je trouve qu'on manque vraiment de ce genre de beautés, dans la vie quotidienne (en tout cas quand on habite dans une grande ville, même si elle est aérée et mise en valeur). On ne s'en rend pas toujours compte, mais quand on sort de la grisaille quotidienne, on ressent un tel bien-être qu'il devient évident qu'on manquait de quelque chose d'essentiel...
Bref, je m'égare un peu (comme toujours ? Bande de langues de vipères !)... Reprenons donc le fil (enfin, si l'on peut dire, vu que je n'ai même pas commencé à effleurer le sujet) (oups, c'est encore plus mal barré ce soir que les précédents...).

Petite remarque préliminaire

Je ne vais pas du tout être exhaustive dans ce billet. Pour plus de renseignements sur les collections du musée, allez donc voir sur leur site, il n'est pas mal fait du tout... Je vais juste m'attarder sur deux ou trois œuvres marquantes et émouvantes, qui me donnent envie de retourner contempler là-bas (chance : il ne s'agit pas d'une exposition temporaire, donc pas d'urgence ni de planning à respecter !). Simplement pour partager avec vous mon émerveillement devant ce que des hommes ont su créer, et aussi pour vous donner envie d'aller y jeter un œil en vrai, parce que bon, les photos c'est bien joli, mais les originaux, c'est carrément saisissant !

Berthe Morisot

J'avais déjà entendu parler de cette artiste par mes parents (qui sont des fans de Marmottan) mais j'avoue que je n'avais jamais vu la moindre des ses œuvres. Pour tout vous dire, j'ai été très agréablement surprise. Il y a dans son trait quelque chose de diaphane, une évocation subtile de ses sujets qui laisse une grande place à l'imaginaire. Elle n'assène aucune vérité, elle évoque juste, et le spectateur devient créateur devant des visages qu'on devine. Rien de vague mais rien de précis non plus. Quelques traits, de la lumière, des couleurs splendides et du rêve. C'est très pur, en fait.
J'ai été captivée par certains de ses tableaux (pas tous, pour être honnête). Et là, je suis relativement déçue de ce que je trouve sur le net pour illustrer mes propos, mais bon, histoire que vous vous fassiez votre propre idée, je vous donne un petit florilège de liens...
D'abord, une jeune fille (qui n'est pas exposée à Marmottan) qui me semble très bien illustrer ce que j'essaye de vous faire comprendre sur la douceur du trait de Berthe Morisot.
Dans un autre style, il y a cette femme fascinante . Elle est remarquable. Si vous pouviez la voir en vrai !... Son regard est profond et vibre tellement qu'on le dirait vivant. Je suis restée devant elle durant un long moment, comme une éternité suspendue...
Très très différents maintenant, ces cygnes au pastel. Le sujet est quelconque, mais je trouve cette œuvre magnifique. Je ne sais pas si c'est le personnage à peine évoqué à gauche ou les reflets de l'eau, mais je me sens émue quand je regarde l'instant saisi au vol...
Bref, en tout cas, si vous voulez en voir plus, il y en a 134 de disponibles sur ce site, où il vous suffit de cliquer sur les tableaux que vous voulez voir en détails...

Auguste Renoir

Ce n'est pas l'artiste le plus représenté du musée (les deux grandes stars étant Berthe Morisot et Claude Monet), mais on trouve quelques unes de ses œuvres. Pas de la période des grosses dames roses et nues, et surtout roses... Mais des tableaux fantastiques avec des visages fins et expressifs, vraiment beaux.
Je ne trouve rien de très convaincant sur internet, pas les plus jolis en tout cas. Mais bon, il y a un portrait de Monet pas mal du tout, et puis beaucoup de femmes très très belles sur lesquelles je n'arrive pas à mettre la main (sans idées mal placées...).
L'idéal, pour vous faire une idée, ce serait que vous alliez visiter le musée, je pense !

Claude Monet

Une salle entière lui est consacrée, au sous-sol du musée, où règne un recueillement quasi religieux. Les gens sont silencieux, béats, et contemplent tout simplement. C'est prenant ! Et comme tout à été pensé intelligemment, la salle est remplie de sièges, et on peut donc s'asseoir pour se plonger dans les œuvres et s'y laisser couler dans une éternité en suspension (j'ai déjà employé le mot d'éternité dans ce billet, mais c'est vraiment la sensation que me donne l'art... On sort du temps, rien que ça !).

J'ai découvert les pastels de Monet. Je ne savais même pas qu'il en avait fait (oui, je sais, je suis ignare). J'ai été emportée dans un monde parallèle par un petit pré bordé d'arbres pas du tout dans son style habituel. Quand j'ai vu ce tableau, je me suis sentie comme happée. J'étais dans le paysage. Je sentais la brise caresser mon visage et je pouvais respirer le parfum de la campagne désolée de l'hiver. J'avais tout oublié de ma vraie vie. C'était vraiment prenant !

Je suis aussi restée en admiration devant des nymphéas. C'est une série que j'aime moins que les autres, malgré son archi célébrité. Mais il ne s'agissait pas de l'un des tableaux que l'on connaît. Là, on voyait une œuvre très sombre représentant les reflets d'un saule dans l'eau. Et au milieu de toute cette ombre surgissent deux nymphéas rouge sombre. Et, bien qu'ils soient eux aussi peints d'une couleur très foncée, ils font comme une tache de lumière qui illumine tout le reste. C'est fascinant !
De toute façon, le jeu des ombres et des lumières est fascinant chez Monet... Je trouve l'exemple de ce train frappant. Ses phares déchirent les lambeaux de nuit qui étaient restés accrochés au sol... Fascinant !

Enfin, et ce sera la fin, j'ai failli tomber en pâmoison devant les iris jaunes et violets. On ne se rend pas bien compte sur un écran d'ordinateur, mais ce tableau est immense ! Quand on est à ses pieds, il nous domine entièrement, et on se trouve pris dans la perspective. Je n'avais jusqu'alors jamais contemplé d'iris par en dessous. Je dois dire que l'expérience est décapante. On se retrouve la tête en l'air tourné vers le ciel, aussi minuscule qu'un insecte. Et pourtant, on n'est pas écrasé, on se sent élevé vers quelque chose de plus grand. Je ne sais pas comment exprimer ce sentiment de mouvement ascendant (donné par le vent dans les tiges des fleurs) qui nous entraîne presque malgré nous dans un voyage céleste... On est là, à contempler, comme happé vers l'immensité de l'univers. Et puis dans un coin, en bas à droite, un iris violet danse, solitaire et cependant aimé (regardé par un iris blanc qui se courbe dans sa direction), et il danse, un peu comme un clin d'œil. Comme un terrien inconscient et heureux de toute la grandeur qui l'entoure.

En un mot : Splendide !