Le magasin des suicides
Par Marie Becker,
mercredi 20 février 2008 à 21:37 :: Coups de coeur
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Thèmes : littérature
Un roman de Jean Teulé, plein d'humour (noir) et de poésie (oui, je sais, je vois peut-être de la poésie partout, mais bon, c'est sans doute ce qui fait que je suis moi...).
En quelques mots, la trame : nous sommes dans une société tristounette d'après la prochaine guerre mondiale nucléaire. Ce qui n'a d'ailleurs pas une incidence très marquée sur l'histoire. Peu importent le lieu et le temps du récit, finalement...
Les personnages principaux tiennent un magasin qui vend tout pour réussir un suicide qui nous ressemble : cordes de pendus, poisons divers et variés, armes, mais aussi tout un tas de choses assez inattendues et amusantes (comme le kit de suicide Alan Turing, qui m'a particulièrement plu !). Vraiment, il faut aimer l'humour noir. Mais pas la peine d'avoir le coeur bien accroché, rien de réellement hard-core là-dedans...
Bref, une famille tient ce magasin d'un style particulier. Le problème (car il en faut un) : le petit dernier de la famille est un enfant joyeux, qui aime la vie et qui cherche à remonter le moral des clients au lieu de les inciter à mourir à chers deniers... Il faut donc sévir contre lui et lui apprendre à faire correctement son boulot.
C'est vraiment marrant. Avec des personnages complètement farfelus, et des rebondissements franchement hilarants !
Seul truc qui me chiffonne un peu : la fin. Ce n'est pas qu'elle me déçoive, mais je crois que je ne l'ai absolument pas comprise. Je n'en dis pas plus ici, pour ne pas casser tout le suspense. Mais bon, si quelqu'un a envie d'en parler, qu'il mette un bandeau annonçant qu'il vend la mèche, et qu'il n'hésite pas à partager son ressenti à ce sujet. Moi, ça m'a laissée perplexe, ça m'a travaillée plusieurs jours, et puis bon, en désespoir de cause, j'ai fini par ne plus chercher. C'est malgré tout très cohérent avec le style du bouquin, mais ça frustre un peu (même si ça a l'avantage connexe de ne pas trop en dire et de faire de nous des lecteurs intelligents à qui on ne prémâche pas tout).
Bref, un extrait que je trouve à la fois très poétique (si si !) et très symptomatique du livre :
Oui, oui, oui, les parpaings vous rendent plus lourd parce que avant, vous savez, lorsque, par des nuits de tornade ou d'ouragan, des gens au corps léger se jetaient par la fenêtre, on les retrouvait le lendemain en pyjama ridiculement échoués dans des branches d'arbre, accrochés à des réverbères ou étalés sur le balcon d'un voisin. Tandis qu'avec le parpaing Magasin des Suicides fixé à la cheville, vous tombez droit.
Moi, souvent le soir, soulevant le rideau de notre chambre, je les regarde tomber des tours de la cité. Le parpaing à une cheville, on dirait des étoiles filantes. Lorsqu'ils sont nombreux, les nuits de défaite sportive par l'équipe locale, on croirait du sable qui coule des tours. C'est joli.
Avec un grand merci à Fab qui me l'a fait découvrir !
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