Un dimanche en famille
Par Marie Becker,
jeudi 24 avril 2008 à 19:44 :: Philo-psycho
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Thèmes : beaux-arts, blog, bédé, famille, idéaux, internet, psycho, échange(s)
Petite réflexion à partir de l'œuvre créée par Boulet aux 24 heures de la bédé.
Instructions préliminaires : cliquez sur le deuxième lien que je vous ai mis et lisez cette bédé en entier - ce n'est pas très long et ça vous permettra de comprendre de quoi je vais parler ici.
Alors, d'abord, je voudrais dire "chapeau" à Boulet, parce que j'adore ce qu'il fait. Son blog, vous n'avez qu'à le parcourir, il est criant de vérité. Je trouve qu'il ressemble vraiment à notre génération (enfin, en tout cas, aux gens que je fréquente). Les adulescents qui ne savent pas gérer leur temps, traînassent et vivent au mieux leurs crises d'angoisse ou leurs prises de conscience. Bref, ça me parle, tout en me faisant rire.
Quant à ses bédés (en dehors de celle-là, en fait), c'est un tout autre style, mais j'aime bien (prêtables à l'occasion pour ceux qui passent à la maison). C'est plutôt héroïque-fantaisie... Amusant. Avec un monde imaginaire très riche et sympathique.
Mais bref, c'était une parenthèse (vous savez que j'aime ça) pour ouvrir le sujet - juste parce que j'ai hésité à ranger ce petit billet dans la catégorie coup-de-cœur.
Alors voilà, je voulais dire que cette bédé m'a beaucoup touchée. Je la trouve réellement juste. Au sens où elle ne sonne pas faux. Aussi bien pour les repas de famille que pour la vie en société, d'ailleurs.
On sait bien qu'on passe notre temps à imaginer le ressenti des autres, à projeter sur eux nos rêves, nos fantasmes, nos souvenirs... On connaît très bien certaines personnes. Mais la plupart du temps, on côtoie des gens dont on sait peu de choses, même au sein de notre propre famille. Et ces gens-là, on les "invente" en quelque sorte pour combler le vide qu'il y aurait sinon sous leur prénom, dans la case qu'on leur réserve dans notre tête - qu'on ne peut pas s'empêcher de leur réserver et d'étiqueter.
Bref, on projette. Du bon comme du mauvais. En se basant sur quoi ? Sur des impressions, des mots entendus par hasard, des odeurs, des attitudes et puis aussi des jalousies, des admirations, des espoirs... Et voilà comment on se met à aimer ou à détester quelqu'un.
Bien entendu, avec le temps, on peut apprendre à connaître l'autre, et l'image qu'on en a tout d'abord forgé peut se modifier (ouf !) mais bon, quand on se voit peu et qu'on reste dans la superficialité, voilà ce que cela donne, ce dimanche en famille.
Je trouve cela touchant par la vérité que cela couvre. Chacun avec ses beautés et avec ses mesquineries. Chacun pouvant aimer et admirer intensément quelqu'un (héroïne de guerre, grand artiste...) en projetant sur lui uniquement de belles choses. Et ces belles choses sont propres à celui qui projette, elles sont aussi signe de sa grandeur d'âme et de sa beauté intérieure, elles font de lui quelqu'un de beau et d'aimable.
Mais cette même personne belle et aimable peut devenir abominablement mesquine et détestable quand elle projette sur l'autre ce qu'elle a de plus laid intérieurement, donnant à ceux qu'elle côtoie un visage cauchemardesque (larve, croque-mort ou ogresse...) - ce visage cauchemardesque n'étant finalement qu'une expression de nos insuffisances et de nos défauts les plus minables.
Et c'est là que se joue la justesse de cette bédé, je trouve. Dans ce double-tranchant d'un groupe qui peut tour à tour rendre le monde bien plus beau qu'il n'est ou en faire un enfer terrestre.
Ce ne sont finalement pas les personnages eux-mêmes, avec leurs caractéristiques et leurs actes, qui donnent à la vie son sens, sa beauté ou sa laideur. C'est le regard qu'on porte sur eux et ce qu'on met comme sentiments dans ce regard - du positif ou du négatif.
Le regard suffit à détruire la beauté et à faire de cette famille une bande de monstres comme on voudrait ne jamais en rencontrer. Comme tous ces ragots qui rendent la vie un peu plus moche, un peu plus mesquine, un peu plus désagréable et désespérante, l'air de rien, progressivement et à petit feu.
Mais le regard peut aussi exalter la vie et la rendre merveilleuse, belle et immense ! C'est juste une question d'état d'esprit. Avec simplement un œil positif, on rend la vie plus douce à chacun. Comme cette image où tous apparaissent comme des héros magnifiés par l'imagination des autres.
Alors, OK, ça n'est peut-être pas très réaliste. Mais qu'est-ce que ça peut faire si ça permet de vivre mieux ?
Finalement, cette bédé, j'aurais bien aimé qu'il l'écrive dans l'autre sens, parce que là, c'est trop triste, ça finit mal, c'est malsain au possible. Mais bon, c'est ainsi, nous n'y pouvons rien changer.
Ma proposition ce serait plutôt qu'on essaye d'écrire notre quotidien dans le sens inverse de ce qu'a fait Boulet, en partant du plus laid pour aller toujours vers du plus beau. Vous êtes partants ?
N.B. Et d'ailleurs, pour commencer et vous mettre un petit peu de soleil au cœur, j'ai repris mon blog de mots d'enfants et je trouve que ces petites paroles de rien du tout rendent la vie plutôt jolie... 
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