Nouveaux programmes
Par Marie Becker,
mardi 20 mai 2008 à 21:51 :: École
:: #186
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Thèmes : culture(s), Etat, idéaux, politique, révolte, éducation
Quelques blabla sur cette question d'actualité...
Vous en avez tous entendu parler : les nouveaux programmes sont arrivés (oh, joie immense !). Ils sont sensés tout régler, de l'échec scolaire des plus défavorisés aux fautes d'orthographe résiduelles des moins à plaindre... Bref, ils sont merveilleux, puisqu'en cinq ans, ils vont réduire les difficultés des enfants non lecteurs à peau de chagrin.
Notre rêve à tous !
Ah, si seulement l'échec pouvait être soigné par de beaux programmes, que la vie serait belle ! Et que le métier d'enseignant serait moins angoissant (oui, parce qu'en attendant, c'est nous qui portons la culpabilité de ne pas réussir à sortir les enfants de leurs difficultés...) !
Bref, je ne vais pas ici faire une liste exhaustive de tout ce qui me déplaît dans les nouveaux programmes, ce serait trop long, probablement ennuyeux pour les non-spécialistes, et d'autres - bien plus qualifiés que moi - s'y sont attelés avec beaucoup de succès. Quelques exemples que vous pouvez consulter :
- Jack Lang et Luc Ferry, tous deux anciens ministres de l'Education Nationale, se sont unis (qui l'eût cru ?) pour dénoncer la démagogie et l'incohérence de ces programmes. Je rappelle quand même qu'il y a peu, Ferry et Darcos (actuel ministre de l'Education Nationale) travaillaient ensemble... Ce n'est pas peu dire !...
- Un prof d'histoire-géo qui dit avec des mots bien meilleurs que les miens ce que je pense - et qui est valable sur à peu près toutes les matières d'enseignement et tous les niveaux.
- Partout sur les sites des syndicats ou les blogs des enseignants, vous pouvez trouver des remarques fondamentales...
Bref, je vais quand même dire une ou deux choses sur ces programmes - mais ça ne fera que reprendre ce que vous aurez déjà lu dans les liens ci-dessus. Et je continue sur des choses annexes (ou connexes) qui viennent transformer peu à peu le statut de l'école... En vrac, comme d'habitude.
On nous dit que ces programmes sont plus ambitieux, plus chargés, et donc réhaussent le niveau attendu des enfants.
Détrompez-vous, c'est faux.
Certes, on demande aux enfants de connaître plus de notions de français et de maths. Mais ça se limite à cela.
Parce qu'en réalité, à part des apprentissages "bêtes" et par cœur, on ne demande à peu près rien aux enfants. On a laissé de côté tout ce qui fait appel à leur intelligence : plus besoin de comprendre, d'analyser, de réfléchir, d'interpréter. Plus besoin de s'attaquer au non-dit, à l'implicite, au sens que peut revêtir une image ou un texte selon son contexte - but, époque, rédacteur... Plus besoin de devenir des êtres dotés d'esprit critique. Il suffit de réciter.
Génial pour former des citoyens !
On nous dit aussi que ces programmes sont novateurs parce qu'il se réfèrent aux méthodes d'antan (qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !) : réhabilitation du mérite, de la morale, de l'apprentissage des leçons, de la récitation, des exercices d'application...
Comme si cela n'existait pas déjà dans les écoles.
Alors là, j'aimerais savoir si ceux qui ont pondu ces programmes ont mis un pied dans une classe depuis leur propre scolarité ou s'ils s'appuient uniquement sur des on-dit... Parce que je connais pas d'instits qui ne fassent pas réciter de poésie à leurs élèves. Pas d'instits qui ne fassent pas de leçons. Pas d'instits qui ne fassent pas d'exercices d'application...
Je ne dis pas que les programmes actuels (datant de 2002) sont parfaits. Rien n'est jamais parfait. Probablement manque-t-on un peu de temps effectivement pour l'analyse grammaticale, la conjugaison et les exercices qui en découlent (une heure supplémentaire par semaine serait la bienvenue), mais de là à dire qu'il n'y a rien de tel dans les programmes, c'est juste une preuve de l'incompétence de ces hommes de là-haut...
Par ailleurs, et en supposant que ces personnes soient de bonne foi (arf !), si les enfants sont dans un tel échec scolaire et qu'il faut renforcer leurs compétences et leurs connaissances, pourrait-on m'expliquer en quoi la suppression des trois heures du samedi matin les aidera à mieux réussir leur scolarité...
C'est tellement logique de supprimer des heures pour favoriser la réussite scolaire !...
Mais non, je suis mauvaise langue (et sans doute un peu énervée si j'en juge le ton que j'adopte, mais bon, vous me pardonnerez, je l'espère), ces messieurs du gouvernement ont pensé à tout, puisque les enfants en difficulté auront droit à deux heures de soutien par semaine en petit groupe. Une bonne chose, ça. Surtout quand on sait que cela aura lieu le soir après la classe... Vous imaginez sans peine comme un enfant de huit ans (je suis généreuse, j'aurais pu dire de trois ans puisque c'est aussi valable pour les maternelles - ne rigolez pas, c'est vrai !), en grave échec scolaire, donc qui aura décroché pendant à peu près cinq heures sur les six de la journée (je lui laisse le bénéfice du sport pour se remonter le moral), sera en pleine forme pour se taper une à deux heures de cours supplémentaire le soir ! A mon avis, si ça ne lui permet pas de rattraper son retard, c'est que le prof est nullissime !
N.B. Je n'exagère pas. Six heures par jour, c'est énorme pour un enfant. Pensez à l'état dans lequel vous êtes après deux heures de réunion... Et encore, dans la plupart des réunions, vous comprenez ce qui se passe et vous n'avez pas forcément à assimiler des notions nouvelles. Alors six heures, quand on est petit et qu'on a besoin de bouger, et que les nouveaux programmes incitent à faire du frontal (cours magistral), donc qu'on doit se taire et se laisser imbiber !... Bref, vous en conviendrez, ce n'est pas gagné !
Allez, je continue, je ne vois pas pourquoi je vous ferais grâce des détails...
Si on réfléchit à la répartition horaire des programmes, nous voilà avec, chaque semaine (de 24 heures) :
- 10 heures de français,
- 5 heures de maths,
- 4 heures de sport,
- 1 heure et demie de langue étrangère ou régionale,
- Restent 3 h 30 pour caser tout le reste, à savoir histoire, géo, morale (puisqu'on ne dit plus éducation civique), bio, physique, informatique, musique, arts plastiques, histoire de l'art (la nouveauté des programmes), technologie, développement durable, euh, je vous fais grâce des récrés (deux heures par semaine), du temps de circulation dans les couloirs, rangement des cartables, devoirs à noter dans le cahier de texte etc... My God, mais c'est pas jouable, ça !!!
En même temps, ça explique la superficialité de certains domaines (en particulier l'histoire où l'on passe de l'âge de pierre à l'âge du fer sans aborder la découverte du feu). Ça explique presque aussi certaines incohérences (comme connaître la date de la chute du mur de Berlin alors que la guerre froide n'est pas au programme...).
C'est une catastrophe ! Quand je vous disais qu'on ne faisait rien pour aider les enfants à devenir cultivés et intelligents !...
Et juste pour en rajouter une couche (mais c'est moins grave) et montrer à quel point c'est décroché de la réalité qu'on vit sur le terrain... Quatre heures de sport hebdomadaires, moi je trouve ça bien. C'est une heure par jour. Nous avons actuellement à l'école un créneau de gymnase de 3/4 d'heure par semaine par classe. C'est peu. Cela signifie que le reste du sport se pratique dans la cour. Avec ces nouveaux horaires, j'ai calculé que nous serions à chaque heure de cours environ trois classes dans la cour à faire sport. Je suis sûre que tout va bien se passer !...
Mais bon, c'est du détail (par rapport au reste, je veux dire !)
Un "détail" de plus, mais qui en dit long sur l'idéologie gouvernementale...
A l'issue de leur parcours au sein de l'école élémentaire, les enfants devront connaître les symboles de la France (drapeau, devise, hymne), la façon historique dont s'est construite la France, la place de la France dans l'Europe d'une part et dans la francophonie d'autre part, et enfin (le détail, donc) les conditions d'accès à la nationalité française.
Je ne vais même pas commenter tellement ça m'écœure...
Enfin, inutile de s'étendre sur tout cela puisque ces programmes vont changer la face du monde (objectif annoncé : en cinq ans, diviser par trois le nombre d'élèves sortant de l'école primaire avec de graves difficultés scolaires)...
Je rappelle juste pour ceux que cela intéresse quelques statistiques éclairantes : 3% des enfants d’enseignants redoublent en primaire contre 7% des enfants de cadres, 21% des enfants d'employés et ouvriers, 41% des enfants de parents inactifs.
Cela peut-il n'être dû qu'aux anciens programmes si décriés par Monsieur Darcos ? Ou bien cela traduit-il une réalité sociale à prendre en compte ?
Plutôt que de chercher à nous faire croire que les nouveaux programmes vont tout changer, ne vaudrait-il mieux pas s'attaquer aux vrais problèmes ?
Bref, pas de réponse, la suite au prochain épisode (très très très prochain, comme vous allez le constater, mais c'est juste pour alléger ce billet déjà trop long), et vous savez ce que j'en pense...
Commentaires
1. Le mardi 27 mai 2008 à 17:37, par dunja
2. Le samedi 21 juin 2008 à 20:12, par Mariesg
3. Le lundi 28 juillet 2008 à 23:56, par Mariesg
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