Nouvelles directives - Nouvel état d'esprit
Par Marie Becker,
mercredi 21 mai 2008 à 00:21 :: École
:: #187
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Thèmes : culture(s), Etat, idéaux, police-armée, politique, révolte, solidarité, éducation
Enfin, n'exagérons rien, tout n'est pas archi nouveau. Mais disons que l'amplification et la concrétisation d'idées seulement vaguement évoquées dans les années précédentes m'angoisse fortement - au point que je remets en cause ma vocation d'enseignante dans ces conditions-là.
Bref, juste pour compléter l'article précédent.
Le détail qui m'a tué dans les nouveaux programmes, ainsi que je vous l'exposais précédemment, c'est que les enfants doivent maintenant connaître les conditions d'accès à la nationalité française...
A la limite, que cela leur soit enseigné quand ils approchent la majorité, histoire qu'ils ne soient pas pris au dépourvu au cas où ils seraient concernés, ça me semblerait plutôt intelligent. Mais là, ce sont des enfants, tout de même !
Alors, déjà que certains savent très tôt que la vie est faite de peur et de fuites, on ne va peut-être pas en plus les stigmatiser et leur faire porter le poids de la situation irrégulière jusque dans l'école !... Quand on a vu la trouille du policier dans les yeux d'un enfant, je peux vous dire que cela n'a rien d'abstrait, ce genre de directive. Parce que, un jour, j'ai eu la bonne idée de dire à mes élèves que je faisais venir un conférencier pour nous parler des peuples du monde. Afin de mieux expliquer aux enfants qui parlaient encore assez peu le français, je leur ai dit que ce monsieur leur parlerait de leur pays d'origine. J'ai vu une enfant prête à se terrer chez elle le jour de ladite conférence parce qu'elle pensait qu'il s'agissait d'un policier venu les interroger sur la régularité de leur présence sur le sol français... C'est affreux, je trouve, qu'un enfant ait à vivre ça (non que cela soit agréable pour un adulte, mais bon, c'est encore autre chose).
Cela dit, il semble que cela ne choque pas tout le monde puisqu'une personne dont je vais cacher l'identité par décence, m'a dit que franchement, elle ne voyait pas pourquoi les enfants de sans-papiers seraient scolarisés puisque ce sont les Français qui payent les impôts qui servent à financer l'école publique. Je n'ai même pas essayé d'argumenter sur le fait qu'il y a aussi des sans-papiers qui contribuent à notre économie et qui payent des impôts (si si !), mais j'ai parlé humainement de ces enfants qui n'ont pas à subir le choix migratoire de leurs parents... J'ai essayé de dire que c'est leur seule chance de s'en sortir, de s'intégrer, d'apprendre, de prendre un bon départ dans la vie, que ce ne sont que des enfants, qu'on ne va pas les laisser enfermés toute la journée dans un atelier clandestin ou même simplement devant la télé... Bref, impossible de faire entendre raison à cette personne : ce n'est pas juste que la loi ne prévoie pas un interrogatoire en règle lors de l'inscription des enfants à l'école !
N.B. Vu mon poste en Clin, je suis nécessairement en rapport avec des familles sans papiers. Pour certaines, je le sais, pour d'autres non. Mais je me suis renseignée sur ce que la loi prévoit à ce sujet. Rassurez-vous, elle est (encore) humaine. La scolarité est obligatoire pour tous les enfants et il n'appartient ni à la mairie ni au directeur ni à l'enseignant de demander aux parents des papiers prouvant qu'ils sont en règle avec l'administration française. Lors de l'inscription de l'enfant à l'école primaire, la mairie doit juste vérifier que l'enfant est bien inscrit par son responsable légal (et non par quelqu'un qui l'aurait enlevé...). Moi, je trouve ça rassurant.
Bref, pourquoi ce long début ? Parce que le nouvel état d'esprit de l'école commence à se faire sentir. Et franchement, c'est loin d'être rassurant...
Avez-vous entendu parler du fichier "base élèves" ? Si oui, dites-moi ce que vous en pensez. Si non, voici une petite introduction en matière.
Il s'agit d'un fichier informatique qui devrait être mis en place dans toutes les écoles françaises à partir de la rentrée prochaine. Dedans, les informations de base : nom, prénom et date de naissance des élèves. Rien de bien grave (ni de bien nouveau) là-dedans. Mais (il faut toujours un "mais") il sera aussi possible de renseigner d'autres champs bien plus personnels :
- L'enfant a-t-il déjà redoublé ?
- Est-il suivi par un psy ?
- Ses parents sont-ils divorcés ?
- A-t-il des comportements violents à l'école ?
- Mange-t-il du porc ?
Bref, un tas d'informations tout de même orientées et relevant vraiment de l'intimité de l'enfant et de sa famille.
Bon, de fait, je pense que la majorité des directeurs refuseront de remplir ces catégories-là. Il faut dire que ceux dont les convictions politico-sociales sont plus agressives, se débrouillent toujours pour exercer dans des endroits sans mixité sociale, culturelle ou ethnique. Donc personne à "dénoncer".
Le souci, c'est que c'est facultatif pour le moment, mais que rien ne garantit que cela ne deviendra pas obligatoire dans très peu de temps...
Enfin, me direz-vous, à part une question de principe, quel est le problème ? Cela peut être utile que les enseignants connaissent ces informations (et posent sur l'enfant un regard plein de préjugés).
En réalité, le problème (et là, j'espère que vous allez sauter au plafond comme je l'ai fait la première fois qu'on m'en a parlé), c'est que ce fichier sera gardé pendant 15 ans et sera consultable par la mairie ou la police sans accord ni des parents ni de la justice ! Le libre-service du préjugé !
Franchement, je suis inquiète par la tournure que prend notre démocratie...
Dernière chose : je viens de lire dans un communiqué syndical que des évaluations nationales vont être présentées aux enfants de CM2 d'ici la fin mai. Cela n'a rien d'étonnant, on en a régulièrement. Le truc, c'est qu'il semblerait (mais c'est la première fois que j'en entends parler et je n'ai pour l'instant aucune information confirmant ou infirmant celle-là) que cette évaluation commence par un questionnaire sur la nationalité des enfants.
Et franchement, si c'est le cas (et je le saurai a priori d'ici dix jours), je pense que ça va hurler dans les chaumières !
Enfin, voilà mon coup de gueule du mardi soir (euh... Du mercredi matin ?). Je trouve que l'école prend une mauvaise direction, qu'on commence à laisser bien trop de place au flicage et que c'est très très mauvais signe pour notre société.
Je m'inquiète réellement, cela m'attriste, et je ne me reconnais plus dans les "valeurs" prônées par l'Education Nationale. Parfois je me dis qu'il serait temps que je parte, qu'il est hors de question que je joue leur jeu. Et puis je me dis que partir, c'est un peu facile. Il faut aussi organiser une vraie résistance à l'intérieur-même de l'école !
Hardi et hauts les cœurs !
Commentaires
1. Le vendredi 23 mai 2008 à 14:35, par JB
2. Le lundi 26 mai 2008 à 00:06, par mariesg
3. Le mardi 29 juillet 2008 à 01:09, par Mariesg
4. Le vendredi 10 octobre 2008 à 17:26, par Mariesg
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