J'ai entendu hier sur RFI une information qui m'a fait froid dans le dos (devrais-je dire "comme la plupart des informations qu'on entend actuellement" ?). Je vous l'explique en quelques mots et en essayant de ne pas caricaturer le truc...
Certaines communes de Grande-Bretagne (une vingtaine en tout, je crois) ont décidé d'embaucher des volontaires dont le rôle sera de dénoncer les incivilités des gens. En gros, il s'agit de reporter aux autorités les noms de ceux qui jettent des papiers par terre, laissent leur chien faire sa crotte au milieu du trottoir et ce genre de choses inciviles... La plupart des volontaires sont des enfants : ils peuvent être embauchés à partir de huit ans. Et on leur promet une prime pouvant aller jusqu'à 700 € si la personne dénoncée est poursuivie et condamnée au pénal.
Je ne sais pas si j'ai besoin d'en dire plus... Ça m'écœure profondément.

En fait, je ne sais pas ce qui me traumatise le plus là dedans... Et, après en avoir parlé à Alain, je me rends compte que ça n'est pas si simple que ça comme problème...
En gros, je trouve ça bien de sensibiliser les gens, dès leur plus jeune âge, aux problèmes de l'incivilité. D'ailleurs, on fait ça dans toutes les écoles "intelligentes".
Ensuite, je pense qu'il existe effectivement des choses dénonçables. Seulement, je pense qu'il faut se limiter aux choses graves : délit de fuite après un accident grave, meurtre... Bref, des trucs pas tellement quotidiens et qui posent vraiment un cas de conscience (ou plutôt n'en posent pas du tout). Mais, difficulté : où poser la limite du "grave" ?

Pour le reste, je suis persuadée que l'exemple est plus efficace qu'une sorte de répression menée comme ça. Sans compter que les gamins, comment font-ils pour savoir le nom de la personne fautive ? Comment dénoncent-ils ? Avec quelles preuves ? Ne tombe-t-on pas dans l'arbitraire ?
Il me semble que, si vraiment on veut verbaliser ces gens-là, et bien que je ne sois pas pour le tout-police, la meilleure solution (et la plus favorable à un développement psychologique sain des enfants), ça reste encore de mettre des professionnels de la police municipale à tous les coins de rue pour qu'ils verbalisent. Même si c'est assez désagréable comme idée, c'est toujours mieux que la délation officialisée...
Moi, franchement, ces méthodes me donnent un vilain goût très amer au fond de la gorge, une sorte de remugle de soviétisme mêlé de nazisme et de fascisme. C'est beurk beurk beurk, si vous m'excusez la simplicité des termes que j'emploie...

Je trouve ça immonde :

  1. d'utiliser des enfants pour faire ce sale boulot,
  2. d'institutionnaliser la délation comme quelque chose d'honorable,
  3. de promettre des récompenses à ceux qui dénonceront le pire, histoire d'encourager à fouiner et sortir des trucs sordides.

Je ne sais pas ce que vous en pensez. Peut-être que je surréagis, mais ça me met vraiment mal à l'aise (mais je vous rassure, je ne suis pas plus à l'aise avec le système français qui promet 10% du redressement fiscal de la personne qu'on aura dénoncée - à raison - de faire de fausses déclarations d'impôts) (enfin, c'est ce que j'ai toujours entendu dire, je n'ai jamais testé personnellement).

Si encore, on demandait aux volontaires d'aller parler aux gens qui commettent ces incivilités (mais peut-être pas des enfants de huit ans, dressés à faire la morale à des adultes sans scrupules), histoire de leur faire comprendre qu'il y a un problème... Mais bon, je ne crois pas que ça les sensibiliserait vraiment.
Ou si on mettait des gens à réparer bien visiblement ces incivilités (genre travail d'intérêt public pour les personnes condamnées à de petites peines). Mais bon, là, ça inciterait presque à l'incivilité puisque quelqu'un serait dévoué à réparer nos conneries.
Non, le mieux serait presque que chacun soit obligé de donner un temps de sa vie (ne serait-ce qu'une ou deux journées par an) pour faire ça : ramasser les crottes de chien, les vieux papiers etc. C'est un peu dictatorial comme solution, mais peut-être qu'au moins les gens se rendraient compte de ce qu'ils font et de ce qu'ils infligent à de pauvres ramasseurs innocents.
De toute façon, je crois vraiment que la sensibilisation est une meilleure solution que la répression (sauf pour quelques psychotiques)... Reste à trouver ce qui sensibilise le mieux.

Bon, SVP, réagissez à ce billet : est-ce que je suis seule à être traumatisée ou pas ?