Quel bonheur d'aller au cinéma et de voir un bon film... :) Ça ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps (en dehors des films pour enfants, que j'aime bien souvent, mais qui parfois me lassent un peu).
Je suis donc allée voir Wadjda aujourd'hui, et j'ai passé là un moment magique.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, un petit résumé en quelques mots.
Nous sommes en Arabie Saoudite. Wadjda est une préadolescente pleine de vie, un peu rebelle, qui n'aime pas se plier aux règles lorsqu'elle les trouve injustes et qui est capable de tout pour obtenir ce qu'elle veut. Et là, ce qu'elle veut, c'est une belle bicyclette pour faire la course avec son voisin Abdallah.
Seulement, en Arabie Saoudite, les bicyclettes sont réservées aux hommes. Une femme risque de perdre sa vertu en chevauchant un vélo. Alors que faire ?

Ça, c'est le fil conducteur de l'histoire. Et on souhaite de tout coeur que la petite Wadjda au si joli sourire parvienne à ses fins, tout en ne sachant pas comment elle pourra s'y prendre. Faire des économies, c'est une chose. Se faire prendre trafiquant des cassettes des chansons d'amour et des bracelets aux couleurs des équipes de foot, c'en est une autre qui peut la faire expulser de son école coranique. Quant à gagner les mille riyals offerts au vainqueur du "concours de Coran", cela paraît difficile quand on peine à en lire les sourates.

Bref, on suit cette petite aventurière dans ses rébellions contre cette société traditionnelle qui laisse peu de place à la femme et dans ses efforts pour parvenir à ses fins. On sourit de son amitié avec Abdallah (fort répréhensible selon les critères saoudiens, mais tout à fait innocente selon les nôtres). On compatit à son histoire familiale triste. Et on admire son courage quand il s'agit d'aller convaincre le chauffeur de sa mère de reprendre son poste.
C'est une enfant touchante, presque naïve dans sa spontanéité, mais mûre aussi dans le regard qu'elle pose sur la société dans laquelle elle vit et dans son refus de règles sexistes inadmissibles.
Car oui, les filles, ces règles sont inadmissibles et révoltantes ! Parfois on sourit, mais on rempoche vite ce sourire quand on pense qu'il ne s'agit pas d'humour mais de réalités subies par de vraies jeunes filles dans un vrai monde réel. Je pense par exemple aux filles qui rentrent vite dans l'école parce que des ouvriers les regardent jouer à la marelle et que ça n'est pas convenable (pas une n'est formée, ce sont des enfants - mais, à vrai dire, même s'il s'agissait de femmes en bikini, je trouverais cela inepte). Je pense aux filles qui ont interdiction de toucher le Coran si elles ont leurs règles car elles sont impures. Pour suivre leur cours de Coran, elles doivent donc prendre un mouchoir en papier et tourner les pages avec ce mouchoir. Je ne suis pas musulmane, je ne sais pas quels sont les préceptes exacts de cette religion, mais cela me fait tant penser au livre du Lévitique de la Bible, que j'ose espérer que cela n'a plus cours... Dicté ou non par Dieu, le livre Coran n'est somme toute qu'un livre, un objet ; il ne craint rien de cette prétendue impureté de la femme "indisposée" qui me fait bondir.
On découvre donc au fil du film des bribes de la vie saoudienne : coutumes, interdits, école coranique, vie de famille, préjugés, jalousie, oppositions flagrantes entre intérieur (cheveux dénoués, télé dernier cri, rock à fond...) et extérieur (visage entièrement caché - même pas les yeux qui sortent lorsqu'on croise un homme - ségrégation sexuelle...). C'est très touchant et cela remue beaucoup d'émotions contradictoires. Mais, rassurez-vous : le film n'est en rien didactique. Il ne cherche pas à démontrer, à prouver, ou à dénoncer à coups de clichés. Tout est dans la subtilité. On regarde, on voit ou on ne voit pas, et on en fait ce qu'on veut.

J'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ce film, et je vous le conseille.
Je pense que mon descriptif n'est pas clair, que j'oublie beaucoup de choses, alors soyez indulgents avec moi et n'hésitez pas à me poser des questions.

N.B. Je suis un peu mal à l'aise dans ce commentaire parce que tous ces comportements sexistes que l'on voit dans le film sont justifiés par la religion. Or mon but n'est pas de critiquer l'Islam, qui est une religion que je respecte, mais l'interprétation qui en est faite par les fondamentalistes. J'espère que chacun d'entre vous aura compris la nuance.

J'ajoute une note de la réalisatrice :
Je suis si fière d’avoir écrit et mis en scène le premier long métrage jamais réalisé dans le Royaume. Je viens d’une petite ville en Arabie Saoudite où on trouve beaucoup de petites filles comme Wadjda. Des petites filles qui ont de grands rêves, de fortes personnalités et tant de potentiel. Des petites filles qui peuvent, et pourront re-façonner et re-définir notre nation.
Il était important pour moi de travailler avec un casting entièrement saoudien, de raconter cette histoire avec des voix authentiques. Le tournage a été une incroyable collaboration qui a rassemblé des équipes talentueuses, de l’Allemagne à l’Arabie Saoudite, jusqu’au coeur de Riyad.
J’espère sincèrement que le film offre une vision intérieure unique de mon pays, et qu’il parlera à tous, à travers ces thèmes universels que sont l’espoir et la persévérance.

Je l'espère aussi ! Et je pense que c'est réussi, étant donné qu'à la fin du film, les spectateurs se sont levés et on applaudi. Je n'avais jamais vu ça au cinéma...