• Parler du cancer
  • La petite bille de Camille, de Céline Lamour-Crochet et Coralie Saudo, éditions Tournez la page 2012

    « Camille est née avec une petite bille dans la tête. Personne ne peut la voir, car cette petite bille ne se voit pas. Elle est bien cachée, très bien cachée... »
    Cette petite bille, vous l'aurez compris, c'est une tumeur au cerveau. Lorsqu'elle est enfin découverte, Camille peut être soignée.
    Les dessins sont simples et colorés, et l'histoire ne fait qu'expliquer de façon très pédagogique et réaliste le parcours de Camille de la détection de sa tumeur jusqu'à sa guérison. L'IRM, la chimiothérapie, la radiothérapie, la perte des cheveux, la fatigue, les nausées, rien n'est oublié. Et tout est traité avec des mots simples et rassurants. De quoi aborder sans fausse pudeur la question du cancer avec les enfants.
    Incontournable quand, malheureusement, le cas se présente...

  • Parler de la séparation

  • La bouteille à la mère, de François David et Aurélie Tressières, Syros jeunesse 2004

    Un jour, le papa et la maman de notre petite héroïne se sont séparés et, pour compliquer la donne, le papa est retourné dans son pays, de l'autre côté de la mer. Après plusieurs mois d'attente, la petite fille a pu prendre l'avion et revoir son père. Là-bas, elle a rencontré une nombreuse famille qu'elle ne connaissait pas et a été heureuse... jusqu'au jour où elle a compris que son papa voulait la garder auprès d'elle et l'empêcherait de revoir sa maman.
    Un petit livre aux illustrations délicates, où tout est dans la suggestion. Pas de pathos outrancier, rien que l'envie de se battre et de faire confiance à l'autre. Pas évident quand on voudrait pouvoir nommer ses deux parents d'un seul nom : « mapapaman ».
    Même si l'histoire qui est ici contée ne concerne que peu d'enfants, elle permet d'aborder sereinement la question de la séparation et de l'amour que les parents vouent à leurs enfants malgré le divorce et la distance. Et pour une fois, un album montre que, pour les parents aussi, c'est difficile.

  • Parler de la pédophilie

  • Balthazar ! de Geoffroy de Pennart, collection Kaléidoscope de l'École des Loisirs 2004

    Balthazar revient du marché avec sa maman quand, tout à coup, le voilà projeté en l'air et rattrapé par un monsieur très gentil aux yeux qui brillent. Balthazar est tout excité de ce nouveau jeu qui s'organise autour de lui et où les adultes courent les uns après les autres pour essayer de le récupérer. Sous son regard naïf se déroulent pourtant des événements graves...
    Geoffroy de Pennart a le chic pour nous faire entrer dans le vif du sujet dès la première page de ses albums. Son univers graphique mis en parallèle avec l'histoire, contée par un enfant qui ne comprend pas du tout ce qui lui arrive, permet de lire ce texte court au premier degré si on le souhaite (en profitant tout simplement du plaisir de retrouver les personnages récurrents de l'oeuvre de l'auteur), ou d'approfondir le sujet avec son enfant – en n'allant pas plus loin que ce qui nous semble nécessaire (ne pas parler à ceux qu'on ne connaît pas, se méfier des hommes qui traînent autour des enfants...).
    Un excellent album pour aborder une question aussi délicate...

  • Parler des sans-papiers

  • L'oiseau de Mona, Sandra Poirot Cherif, Rue du Monde 2008

    Mona est une petite fille ordinaire, qui va à l'école comme tous les enfants, qui aime danser avec ses copines et jouer aux cartes avec ses cousins. Seulement, elle a un secret : ses parents et elle ont un gros oiseau noir au-dessus de leurs têtes, qui les suit partout, et quand il crie très fort, Mona ne peut plus penser à rien d'autre qu'à la peur qu'elle a de retourner un jour peut-être dans le pays de ses parents, ce pays où il y a la guerre... Car tout ce qu'elle fait, elle n'a pas le droit de le faire, puisque ses parents n'ont pas de papiers.
    Avec un texte tout en douceur et non dénué d'humour, illustré de façon volontairement enfantine, Sandra Poirot Cherif nous fait plonger dans cet univers angoissant de l'enfant sans-papiers, habité par la terreur que toute sa vie s'effondre et par l'incompréhension du système que les adultes entretiennent.
    C'est simple, poétique et touchant.

    Et, comme d'habitude, cette recension sera publiée dans l'excellente revue Lignes de Crêtes de l'association CdEP (Chrétiens dans l'Enseignement Public).