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C'est la nuit dans Paris. La lumière est orange, comme une nuit à Paris. Les monuments sont éclairés, la Tour Eiffel clignote de mille flashs, et la ville est silencieuse et belle.
La caméra est posée au sol et filme des plans fixes. Elle regarde, enregistre et écoute. Oui, surtout, elle écoute. Elle écoute ces laissés pour compte, ces personnes qu'on appelle au mieux des SDF, au pire des clodos. Ces personnes qui vivent dans la rue et qu'on regarde à peine, qu'on ne voit plus, qu'on n'écoute surtout pas.
Des préjugés ? Oh non, moi non, je n'en ai pas. Enfin, si peu. Bon, c'est vrai qu'ils boivent un peu trop. C'est vrai qu'ils sont pauvres aussi intellectuellement. C'est vrai qu'ils sont sales. Bref, ils n'ont pas eu de chance, mais ils ne sont pas tout à fait comme moi et puis ils manquent un peu de courage aussi. Enfin, je crois...
Dès les premières images, on s'en prend plein la figure et plein les préjugés. Car qui sont-elles, ces personnes sans domicile ? Qu'ont-elles de moins que moi (à part un toit et toute la sécurité et la reconnaissance sociale qui vont avec) ? Ce sont des personnes qui me ressemblent, qui réfléchissent, qui s'intéressent à l'actualité, qui admirent la nature, qui cherchent le bonheur, qui aiment leurs enfants, ou leurs parents, ou les deux, qui veulent faire ce qu'elles ont à faire et si possible rencontrer des gens avec qui partager et vivre des petits moments joyeux qui réconfortent.
Leur plus grande peur, ce n'est pas de devenir folles, c'est de se perdre elles-mêmes. De disparaître. De ne plus être que des fantômes. Des gens au travers de qui on voit parce qu'ils sont devenus transparents.

Ce film m'a bouleversée. D'autant plus que me voilà toute chamboulée et que je ne sais pas quoi faire des émotions qu'il a suscitées en moi. Alors, pour commencer, je fais la pub de ce film, j'en parle, et j'espère que le regard de la société va changer et que tous vont pouvoir regarder autrement les SDF qu'ils croiseront. Que l'on arrêtera de les montrer du doigt, de les chasser, de les isoler, de les reléguer aux coins les plus sombres et les plus insalubres des villes. J'espère qu'un jour on saura les écouter.
Allez voir ce film, surtout s'il est suivi d'un débat. Ce ne sera jamais du temps perdu, seulement une entrée dans une humanité plus grande.

Pour finir, je salue la sobriété de cette oeuvre d'art (car c'en est une), son tact, sa délicatesse et la manière dont elle donne la parole sans jamais juger ou commenter ce qui est filmé. Ni voyeurisme, ni apitoiement, ni documentaire bien-pensant. Seulement ces mots que ces hommes et ces femmes ont la grandeur de partager avec nous qui ne savons pas partager avec eux.
Merci.

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