L'année dernière, j'écrivais sur ce même blog mon bonheur d'avoir reçu l'un des plus beaux cadeaux de ma vie : un recueil de Charlie dédicacé par Cabus, Charb et Riss. Trois dédicaces recueillies par un ami cher. Trois dédicaces subtiles et tellement faites sur mesure, exactement pour moi. Cabus m'a croquée en deux minutes, Riss a représenté mon quotidien, Charb a attaqué avec humour mes engagements sociaux et politiques, et j'en étais vraiment heureuse !
Par un mystère que je n'explique que par le plantage du serveur à Noël dernier (en même temps que celui du Bookcrossing) et par la migration du blog sous dotclear2.
J'avais scanné ladite dédicace et écrit un article rayonnant de bonheur.

Un an plus tard...
Je suis sous le choc.
Horrifiée.
Incapable d'accepter cette réalité qui a sombré dans une vague de haine.
Et incapable de dire cette douleur devant l'impensable.

Je me revois en 1996 quand a eu lieu l'attentat de Port-Royal. J'étais étudiante, à l'époque. Port-Royal, on y passait tout le temps, il y avait le Crous, des cours, un restau U... On s'est retrouvés tous, désemparés. On appelait tous nos amis, nos familles. Ne t'inquiète pas, tout va bien pour moi. Je raccroche, je ne veux pas bloquer la ligne si quelqu'un m'appelle. Vraiment choqués.
Puis je revois ce soir du 11 septembre où à la sortie des classes, une mère nous a appris la terrible nouvelle qui a dévasté les États-Unis. Toute la soirée, les images en boucle, l'horreur de voir ces gens mourir sous nos yeux, une fois, deux fois, dix fois, cent fois, et l'impossibilité de détourner le regard.
Voilà le genre d'état de choc dans lequel je suis ce soir.

Je ne veux pas comparer des événements qui n'ont rien à voir. Frapper au hasard, ou museler un organe de presse, ce n'est pas la même chose.
Je ne veux pas non plus montrer plus de compassion pour ces dessinateurs juste parce qu'ils sont plus connus que la foule des anonymes qui sont tués chaque jour à travers le monde, dans des conditions inhumaines.

Mais ce soir, c'est à eux quand même que je rends hommage. Ces libres penseurs qui étaient surtout des penseurs libres.
Qui étaient prêts à tout pour défendre la liberté de penser et pour amener leurs concitoyens à penser à leur tour, à se poser des questions, à avancer dans leur compréhension du monde.
Qui savaient poser sur le monde un regard tout en délicatesse, en humour et en critique parfois acide mais aussi souvent tendre.
Qui savaient qu'ils risquaient leur vie pour défendre non pas leurs idées personnelles, mais la liberté fondamentale de chacun à exprimer son opinion dans le respect de celle des autres.
Mais qui ne savaient pas qu'ils en mourraient vraiment, un jour, ce jour.

Qu'ils reposent en paix et que leur mort n'ait pas été vaine.
Reprenons le flambeau.

Les terroristes sèment la peur
Mais nos larmes ne feront pas pousser leurs graines.
(Loesje)

Voir aussi We are not afraid.